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Il faut accélérer le développement des services productifs

Enregistré le mardi 30 janvier 2018 . 5 min. 40

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A se focaliser sur l’industrie, on arrive rapidement au constat d’une perte de substance productive alarmante pour l’économie française. En délaissant des pans entiers du secteur des biens de consommation les plus cycliques, en se laissant submerger par la machine-outil allemande, la France est à la traine de la reprise et voit reculer ses parts de marché au moment où l’activité accélère. C’est un fait.


Mais c’est un fait à relativiser. L’industrie recule comparativement aux autres secteurs… comme partout ailleurs, même si ce recul est moins marqué en Allemagne. La France est au bas de l’échelle, à l’image des pays anglo-saxons. Cela veut dire aussi qu’elle se repositionne sur les services. Et ces services sont souvent des éléments de la chaine de valeur que l’industrie a externalisés.


Le repositionnement industriel français est-il suffisant ?


La France est un pays de groupes. Et ces logiques d’externalisation sont plus marquées qu’ailleurs. Il suffit de regarder comment se croisent les courbes de part de l’emploi dans l’industrie et dans les services aux entreprises pour comprendre qu’il ne faut pas trop rapidement embrayer sur le thème de la désindustrialisation.


Une fois que cette nuance est apportée, que reste-t-il du discours sur l’érosion de notre base productive ? La France se désindustrialise au sens étroit du terme. Elle se repositionne en amont et en aval de l’industrie. Mais ce repositionnement est-il suffisant ? Dispose-t-elle d’une masse critique suffisante d’activités exportables (soit directement, soit comme intrants des marchandises exportables) ? D’activités susceptibles de générer des gains de productivité, via l’innovation, l’organisation, les effets de réseau ?


Le moteur productif, c'est l'industrie mais aussi tout son écosystème

 

On parle ici de sphère productive, par opposition à la sphère présentielle de l’économie. Par présentielle, on entend toutes les activités mises en œuvre localement et visant la satisfaction des besoins des personnes présentes dans la zone, qu'elles soient résidentes ou touristes. Ces activités ont trait à la qualité de vie : logement, loisir, santé, éducation, etc. Elles sont riches en emploi, et se déploient d’autant mieux que le premier moteur productif génère des surplus de valeur suffisants.

 

Bref, où en est notre moteur productif, qui inclut l’industrie et tout l’écosystème qui se bâtit autour ? Commençons par un abord étroit de la question. Additionnons, à l’industrie manufacturière, le secteur de la distribution de l’eau, de l’énergie, le retraitement, tout le secteur de l’information et de la communication, et l’ensemble des services aux entreprises (conseil, comptabilité, ingénierie, R&D, logistique, intérim etc…). Manifestement, la perte de substance n’a pas l’ampleur que l’on dit, et la France n’est pas non plus cette nation hors-jeu.

 

Elle l’est encore moins lorsqu'on se focalise sur le poids des services périphériques à l’industrie. La France fait bien partie des pays qui ont le plus externalisé les intrants immatériels de l’industrie. Et là où elle se démarque, c’est par le poids de l’emploi dans les centres de R&D. Probablement parce que la fiscalité conduit à sanctuariser ce type de services en France. Mais aussi parce que la présence de tête de groupes multinationaux dans certaines régions permet de bâtir de vrais écosystèmes de recherche, comme en Ile-de-France, en Rhône-Alpes Auvergne, en Occitanie et en PACA.


Il faut arrêter de se focaliser sur l'emploi dans l'économie "présentielle"


Avons-nous cependant la masse critique suffisante concernant la sphère productive pour tracter, sans subventions excessives, l’économie présentielle ? Pour nous projeter sur les marchés à l’exportation et rééquilibrer par les services notre commerce extérieur ? Probablement non. Je prendrai là un abord plus large de l’économie productive, en ajoutant maintenant à la sphère précédente des services aval directement liés à l’écosystème industriel : le transport, le commerce de gros, le commerce et la réparation automobile.


La France rétrograde lorsque l’on ajoute ces secteurs de moindre qualification. Surtout, il nous faut regarder la masse de ces emplois par rapport à la population en âge de travailler. Vu sous cet angle, il est clair que l’on peut suspecter un sous-dimensionnement de la sphère productive en France. Et c’est bien là qu’il faut porter l’effort si l’on veut disposer de vrais moteurs endogènes de croissance plutôt que de focaliser les incitations sur l’économie présentielle, sous prétexte que c’est là que se déverse l’emploi.


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