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La crise du statut "cadre" et la réforme de leurs retraites

Publié le mercredi 17 avril 2019 . 4 min. 46

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La notion de cadre est floue, on le sait, mais elle fut longtemps structurante. Floue car elle ne renvoie pas nécessairement à une fonction de management ou de coordination d’équipes, on le sait bien, et recouvre d’autres critères : la technicité, le caractère intellectuel du métier. Brouillée, car elle s’est banalisée aussi : 18 % de la population en emploi, contre 5 % il y a 40 ans. Elle fut structurante néanmoins, et symboliquement forte, car elle matérialisait l’ascenseur social. Une reconnaissance non exclusivement salariale au sein d’organisations conçues de façon hiérarchique, à laquelle était adossée une série d’avantages mais aussi d’astreintes, concernant le temps de travail notamment, avec la dérogation du forfait jour.


La récente fusion des régimes de retraite complémentaire est révélatrice de l’évanescence de la notion et de sa fragilité. Bien plus qu’un ajustement technique, destiné à solvabiliser le régime des retraites complémentaires, elle marque l’obsolescence des conventions sur lequel nous avons bâti le capitalisme de l’après-guerre. Mais aussi notre incapacité à les réinventer.


Un statut fourre-tout


Cette obsolescence est manifeste aujourd’hui. La notion de cadre désigne de moins en moins une fonction hiérarchique, on l’a dit, dans des organisations en réseau qui revendiquent leur aplatissement. Elle renvoie bien plus à la dématérialisation des tâches et au degré d’autonomie dans l’organisation de son travail sur un mode projet. C’est la montée en puissance de ces deux tendances fortes qui expliquent de fait l’extension du statut. Le statut de cadre devient de la sorte un objet hybride entre l’employé et l’indépendant. Et c’est ce qui explique d’ailleurs la bascule d’un grand nombre de cols blancs sur le statut d’auto-entrepreneurs au Royaume-Uni par exemple.


L’extension du statut cache paradoxalement une crise de plus en plus profonde des métiers du management, avec d’un côté, un moindre besoin concernant les métiers d’encadrement intermédiaire, les fonctions de supervision, de contrôle pouvant de plus en plus être pris en charge par l’outil numérique. Et de l’autre une demande grandissante concernant la supervision des systèmes complexes, la conception et le pilotage de leur interopérabilité qui font appel à des compétences rares, non nécessairement pourvues par nos systèmes de formation, même les plus élitistes. Face à ces différents phénomènes, on sent bien que la notion de cadre souffre de son caractère fourre-tout, qui ne correspond plus à une problématique d’ensemble.


De la simplification au manque de transparence


Le traitement de la question des retraites est symptomatique de notre difficulté à traiter les nouvelles catégories du capitalisme contemporain. Face à la complexité du monde, c’est paradoxalement la quête de la simplification qui fait loi. Tout fondre, tout fusionner dans un régime universel, c’est au fond ce qui guide la réforme des retraites en général. Et de ce point de vue, la fusion des régimes AGIRC/ARCCO concernant la retraite complémentaire est teintée du même esprit.


Ce faisant, face à un régime complémentaire qui prenait l’eau du point de vue financier, du fait notamment de l’espérance de vie supérieure des cadres — elle est pour rappel de 84 ans pour les hommes contre 78 pour un ouvrier, 88 ans pour les femmes contre 84 ans — on règle en partie le problème sans le traiter en le diluant, en le fusionnant avec un régime moins problématique. Mais c’est aussi le risque de ne pas traiter la question des inégalités de droit à la retraite inhérente aux disparités d’espérance de vie, si l’on ne tient pas compte de cet élément dans les règles de calcul des retraites.


Cette simplification, uniformisation souligne ainsi une autre caractéristique de nos méthodes de résolution des problèmes. Mettre tout le monde sous les mêmes règles apparentes, les mêmes  régimes qui se veulent universels, c’est aussi derrière cette façade homogène, mettre en place des formules au paramétrage de plus en plus complexes et de plus en plus individualisés : c’est incorporer la pénibilité, l’espérance de vie notamment. C’est s’en remettre à des algorithmes et souvent opaques en matière d’équité.


Et l’on voit là peut-être une limite à ne plus catégoriser les personnes et les emplois. Derrière les statuts, il y avait un certain nombre de droits reconnus et affichés. Derrière l’universalité, se glissent des algorithmes et une individualisation peu transparente qui peut devenir source de défiance et barrière au dialogue social.


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