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Le second rebond sera plus dur et hasardeux

Publié le lundi 16 novembre 2020 . 5 min. 32

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C’est une chose entendue, le second confinement ressemble au premier, en moins pire. Même si le gouvernement semble avoir reproduit à l’identique les interdictions, les limitations, à quelques nuances, certains  éléments modifient le tableau en profondeur. Le premier c’est le maintien de l’activité du commerce de gros, qui modifie la donne pour l’industrie, puisque cette dernière ne connaitra pas la même embolie des échanges interindustriels et de la distribution que lors du confinement du printemps. Le canal de la vente en ligne offre notamment dans ce contexte un véritable dérivatif qui avait été sous exploité au printemps. Le second, c’est le meilleur degré de préparation des acteurs privés, qui cette fois ci n’ont pas été cueilli à vif, et ont appris à accommoder les dispositifs de télétravail et de sécurité  sanitaire pour ceux qui opèrent sur site. Cette fois-ci les chantiers de construction continuent à tourner, avec des répercutions en amont sur la filière des matériaux, celle des engins de chantier, les cabinets d’architectes, d’ingénieurs, les agences d’intérim et les acteurs du financement… A quoi il faut ajouter le maintien des services publics, l’ouverture des écoles etc. tout cela maintenant un flux de déplacement et de mobilité très supérieur au précédent épisode… Je ne m’attarde pas sur tous ces facteurs  qui font qu’aujourd’hui la vie économique est bien moins paralysée. Ce dont témoignent les premières enquêtes de la banque de France, qui indiquent un décrochage de second ordre pour l’industrie, y compris pour l’automobile et des pertes plus limitées aussi pour les services, une fois que l’on exclut les plus exposés (hôtellerie, restauration et beaucoup de services aux ménages.


Bref, le V sera cette fois ci moins profond. Et l’Etat jouera la même partition de préservation des trésoreries et du revenu des ménages. Tout se passe comme si cet épisode n’était qu’une réplique atténuée d’un séisme de forte ampleur dont les destructions ont été limitées. Sauf, que comme tout élément nouveau, il tend à reléguer le précédent au rang d’évènement résolu. Il fait figure de hoquet sur une pente de rétablissement où même l’emploi semblait déjà sur le point de se normaliser. Près de la moitié des emplois détruits au premier semestre aurait été reconstitués dans la sphère privée au troisième trimestre selon la DARES, avec pour toile de fond une économie déjà rétablie à plus de 95%. Or cette nouvelle embardée nous voile l’essentiel de l’histoire. Elle recrée une attente sur un horizon de déconfinement qui apparaît comme la rive de résolution de l’essentiel des problèmes. Et à l’espoir d’une disparition spontanée du virus avec l’été s’est substitué celui de l’imminence d’un vaccin. La reprise viendra finalement conclure cette séquence exceptionnelle.


Sauf que précisément, le premier confinement nous a montré que les choses ont peu de chances de se produire si linéairement. Tout montre au contraire que  la récupération mécanique qui a suivi le premier confinement était déjà en train de s’étioler, confirmant les effets de longue traine de ce type de choc. Les phénomènes de rattrapage très circonscrits et par nature transitoires, se sont rapidement estompés. Et ce premier épisode de sortie de confinement montre que l’érosion des revenus et la dégradation prolongée des marchés externes entravent le processus de récupération complet et rapide. Et si le soutien massif de l’État a amorti les problèmes de trésorerie à court terme, les entreprises entrent inévitablement dans une phase d’ajustement : repositionnement de l’offre, notamment dans les services, downsizing, contraction des coûts. La hausse de leur endettement (qui pourrait dépasser plus de 30 points de valeur ajoutée) les contraint à abaisser leur point mort. Tout indique que le prochain déconfinement viendra ensuite buter sur le même type d’obstacles que ceux auxquels s’est heurté le premier déconfinement, à la différence près que les cicatrices sur l’emploi, les revenus des ménages, ainsi que sur le passif financier des entreprises seront sensiblement plus profondes, resserrant les freins de la croissance par la suite. Sans parler du processus fuite en avant des dépenses publiques et de la dette totalement inédite, dont l’issue est une inconnue.


Mais ce que montre surtout la séquence que traverse l’économie, c’est que le temps ne réduit pas l’incertitude. Nous avons pris plus jamais conscience que l’économie était encastrée dans un environnement où les lois de la biologie, de l’environnement prévalent. Et nous prêtons à ces sphères de connaissance un déterminisme, une prévisibilité que n’a pas la science économique. Vaccin, fin de la pandémie  normalisation des choses apparaissent comme le cadre le plus probable. Or ce qu’a démystifié l’histoire récente, c’est précisément la prévisibilité et la capacité même à dégager un consensus d’expert dans ces domaines. Et raisonner nos économies en pensant que l’épilogue de la crise sanitaire est question de mois est là aussi un pari bien hasardeux.


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