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Au 1er janvier dernier, la revalorisation du salaire minimum s’est limitée au strict minimum légal. Le SMIC continue ainsi de décrocher de la moyenne des salaires comme c’est le cas depuis l’harmonisation des différents SMIC issus des 35 heures. Freiner la hausse du salaire brut reste en effet la seule solution pour abaisser le coût relatif du salaire minimum dès lors que les exonérations de cotisations sociales patronales sont maximales au niveau du SMIC. Le groupe d’experts recommande même depuis plusieurs années de désindexer, totalement ou partiellement, le salaire minimum pour accentuer encore davantage la baisse du salaire minimum. L’argument est toujours le même : toute hausse du salaire minimum nuirait à l’emploi.

Cet argument est désormais sérieusement battu en brèche si l’on considère à la fois les expériences étrangères et le bilan de presque trois décennies d’exonération des cotisations patronales. C’est ce que montrent les contributions rassemblées dans le numéro spécial de La Revue de l’IRES consacré au salaire minimum.

Au Royaume-Uni, par exemple, le gouvernement a décidé en 2015 d’augmenter le salaire minimum jusqu’à 60% du salaire médian et, en 2019, ce seuil a été porté aux deux tiers du salaire médian. L’objectif de long terme est de briser le cercle vicieux « bas salaires – basses qualifi¬cations – faible productivité » dans lequel le Royaume-Uni s’est enfermé. Il est trop tôt pour mesurer si cet objectif a été atteint, mais un premier résultat consensuel émerge : la forte augmentation du salaire minimum n’a pas provoqué de choc néga¬tif sur l’emploi.

En Allemagne, où la création du salaire minimum est plus récente, les hausses n’ont pas été aussi fortes qu’au Royaume-Uni mais elles ont été significatives. Le constat dressé par la commission indépendante est le même : la revalorisation du salaire minimum n’a « pas eu d’effet significatif négatif sur l’emploi ». Dans ces deux grandes économies, la hausse du salaire minimum n’a donc pas eu d’impact préjudiciable sur l’emploi. Que peut-on dire alors des effets de la baisse du coût du salaire minimum sur l’emploi en France ?

Au niveau macroéconomique, le bilan quantitatif précis reste controversé. Cependant, il est manifeste que, près de 30 ans après leur création, les exonérations de cotisations sociales n’ont pas permis de réduire significativement le chômage et le sous-emploi massif qui continuent de toucher plus de 6 millions de salariés.

En revanche, ces mesures ont structurellement et négativement affecté le fonctionnement du marché du travail. En effet, comme le montre une récente étude de l’INSEE, favoriser la demande de travail non qualifié, alors que l’offre de travail qualifié croît bien plus vite que la moyenne , comme c’est le cas en France, conduit à un désajustement croissant entre l’offre et la demande de travail par niveau de qualification. Avec une double conséquence : d’un côté, l’accès à l’emploi qualifié pour les plus diplômés est de plus en plus rationné et, de l’autre, les personnes les moins diplômées ont de plus en plus de difficultés pour accéder à l’emploi. L’étude de l’INSEE montre ainsi qu’entre 1993 et 2005, c’est-à-dire dans la période où les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires se sont massivement développées, le risque de déclassement a plus que doublé pour les plus diplômés ; 20% d’entre eux occupent aujourd’hui un emploi d’ouvrier ou d’employé. Globalement, plus d’un quart des salariés sont déclassés. Au chômage et au sous-emploi massif qui perdure, s’est ainsi ajouté ainsi un sous-emploi de nature qualitative de plus en plus massif.

Dans ces conditions, on peut se demander si les difficultés récurrentes de compétitivité que connaît l’économie française ne tiennent pas précisément à cet enfermement dans ce piège de basse productivité dont nos voisins britanniques cherchent aujourd’hui à sortir. D’autant que le coût du salaire minimum n’est pas plus élevé que chez nos principaux partenaires économiques.

En résumé, on ne voit plus guère aujourd’hui les motifs qui poussent les pouvoirs publics à approfondir une politique de baisse du salaire minimum dont on mesure désormais clairement les conséquences négatives, à la fois sur le plan économique et social.


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