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Mon billet libéral du jour décrypte le vrai message de Squid Game. Que vous l’ayez vu ou pas, vous avez entendu parler de cette série sud-coréenne diffusée par Netflix – un phénomène mondial.

Squid Game met en scène 456 candidats, ruinés, marginalisés, discriminés et engagés dans une compétition à mort, à base de jeux d’enfants comme un-deux-trois-soleil : le dernier survivant touche le pactole.

Beaucoup a déjà été dit sur les raisons du succès international de Squid Game. Dans un monde d’après Covid, cette dystopie entrerait en résonance avec les critiques à l’égard d’un capitalisme déficient parce qu’incapable de réduire les inégalités.

D’ailleurs, le réalisateur de la série ne s’en cache pas : il a voulu écrire une fable sur la société capitaliste moderne dont la Corée du Sud serait un exemple archétypal, avec ses ménages surendettés poussés à la marge.

Dans Squid Game, le sang coule, la solidarité sombre, l’avidité règne, la violente vrille, mais comme l’assure un des candidats au jeu : « La vie dehors est beaucoup plus violente. »

Voilà donc le message principal, celui que les anticapitalistes, Corée du Nord en tête, instrumentalisent.

Mais à mon avis, il existe un autre message, plus complexe, et peut-être moins intentionnel. Car après tout, le réalisateur de Squid Game revendique un divertissement au message politique « peu profond »…

A deux reprises durant les neuf épisodes, le maître du jeu expose la philosophie de ces olympiades macabres. Et à chaque fois, le thème central est l’égalité.

Ou plus exactement ce que j'appellerais l’égalité radicale des chances.

A un magouilleur accusé de salir l’esprit de la compétition, le maître du jeu explique : « Ces personnes souffraient d’inégalité ou de discrimination, nous leur offrons une chance de se battre de manière juste et de gagner. »

Ce plaidoyer en rappelle un autre. En 1830, en France, les Saint-simoniens élaborent un projet éducatif d’égalité radicale des chances. Il s’agit de couper les enfants de leur famille, de les désocialiser pour mieux supprimer les privilèges de naissance, pour mieux éradiquer la reproduction sociale.

Et permettre à chacun « de gagner ». Car dès lors, la valeur individuelle devient la référence clé, seules les différences de talents justifient de nouvelles hiérarchies, acceptables car issues du mérite.

Nous sommes en plein Squid Game ! Enfermés dans le même univers ludique, le clandestin pakistanais, l’entrepreneur surdiplômé, la transfuge nord-coréenne, le mafieux, le vieux en phase terminale ou le père divorcé en faillite ont les mêmes chances de remporter le pactole, nous assure le maître du jeu.

Plus tard, ce même deus ex machina formule ce qu’il appelle « l’idéologie pure » de son monde, à revers d’une société extérieure pervertie. « Chacun d’entre vous, dit-il, est considéré de la même façon, à égalité. L’égalité des chances doit vous être garantie sans aucune discrimination. »

L’ironie dramatique de cette phrase est totale car, rappelons-le, de quoi s’agit-il ? D’une compétition vide de sens construite pour éliminer par assassinat 455 candidats et dont le vainqueur, devenu millionnaire, ne révèle aucunes capacités extraordinaires, essentielles ou exemplaires.

Squid Game démontre par l’absurde l’impasse d’un système radicalement méritocratique.

L’économiste libéral John Stuart Mill a été le premier à décrire l’horreur d’une telle société où toutes les inégalités deviennent légitimes, où personne ne peut justifier de circonstances particulières, où domine une élite de talents.

C’est une société impitoyable sans solidarité, sans confiance. Est-ce encore une société ?

Pas question bien sûr de relativiser la poussée des inégalités, ni de nier comment le mérite permet de les tolérer. Mais Squid Game met en lumière un paradoxe. L’égalité radicale mène à une société désocialisée, individualiste et ultra-hiérarchisée.

Beaucoup de sang pour rien, en somme...


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