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Le mythe de l’entrepreneur individuel providentiel

Publié le vendredi 21 avril 2023 . 5 min. 01

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Quelle est la principale motivation des entrepreneurs ? Qu’est-ce qui les pousse à soulever des montagnes : l’appât du gain, la volonté de laisser une trace, ou bien la volonté d’œuvrer pour le bien commun ? Les américains n’ont pas attendu la mode de la raison d’être pour déployer une mythologie de l’entrepreneur parti de rien, qui, seul contre tous, œuvre pour le bien de l’humanité grâce à une idée, de génie qui améliorant la vie quotidienne de ses contemporains tout en bouleversant l’économie mondiale. Et chaque époque a son héros, que l’on pense à Thomas Edison, Alexander Graham Bell ou John Davidson Rockfeller.

Ces entrepreneurs alimentent un soft power qui a légitimé l’idéologie du patron américain providentiel, de la même façon que les artistes du pop art ont largement contribué à la diffusion des symboles et pratiques de la culture de consommation américaine. La mythologie de l’entrepreneur américain a ses codes bien précis : c’est toujours l’histoire d’un homme blanc parti de rien (le fameux self made man) qui, seul contre tous, bricole dans son garage jusqu’à qu’une étincelle lui permette de renverser l’ordre établi grâce à un dispositif technique. Ces entrepreneurs qui investissent l’imaginaire du progrès seraient les agents d’une création destructrice permettant à l’humanité de sortir de sa torpeur en faisant des bonds en avant sur la route du progrès technologique.

D’ailleurs, contrairement aux inventeurs du 19ème siècle qui étaient emprunts d’une forte culture technique, les nouveaux messies sont plutôt des innovateurs et des créatifs. Ils sont davantage des visionnaires que des créateurs. Ils apportent une nouvelle vision d’un univers et c’est justement à ce titre qu’ils prétendent changer la société. Inutile de dire que la plupart d’entre eux gravitent depuis trois décennies autour de la silicon valley sorte de pays de cocagne de l’entrepreneuriat. C’est justement ce récit culturel sur le self made man que déconstruit Anthony Galluzzo dans son ouvrage Le mythe de l’entrepreneur qui se penche sur la fabrication et de l’installation les célébrités entrepreneuriales américaines dans l’imaginaire contemporain.

Qu’il s’agisse de Bill Gates, Steve Jobs, Jeff Bezos et d’Elon Musk, l’ouvrage montre que ces patrons qui s’érigent en fondateurs se prétendent révolutionnaires alors qu’ils accréditent en fait une vision du monde banalement capitaliste. Ainsi Elon Musk qui reprend tous les codes de la célébrité entrepreneuriale américaine : il se met en scène telle une figure démiurgique, visionnaire, fédératrice et qui n’est pas mue par l’appât du gain mais par de grands desseins humanistes. Or le fossé est abyssal entre « la narration héroïque produite autour de ces personnages, leur success story, et leur véritable empreinte dans les processus d’innovation industrielle et technologique auxquels on les associe. » Une production médiatique fantasmagorique de l’entrepreneur alimente un mythe qui véhicule l’idée que le marché est un espace prétendument démocratique d’où émerge une aristocratie naturelle. Le marché serait un opérateur de justice qui récompenserait les talents et mérites des innovateurs. On nous propose donc un conte moral dans lequel chacun est entièrement comptable de ses réussites et de ses échecs.

Autrement dit, si un individu ne réussit pas sur le marché, c’est qu’il ne le mérite pas. Ce que l’auteur nomme un « conservatisme méritocratique » qui vient justifier l’accumulation et la concentration de richesses chez une minorité. Nous serions de libres acteurs mus par une force intrinsèque : la volonté, qui seule permet de réussir économiquement. Et ces patrons revendiquent souvent le fait de n’avoir pas trop usé leur fond de culotte sur les bancs de l’université tant il leur semblerait sans doute odieux de reconnaître que l’école ait pu jouer un rôle dans éclosion de leur talent entrepreneurial. La seule école qui vaille dans ce mythe est celle de la pauvreté, qui ne serait plus, à les entendre, une condition malheureuse mais au contraire un avantage dans la conquête de la volonté. Dans cette vision de la société, l’entrepreneur à succès est un avant-gardiste.

Contrairement à l’homme d’affaires, cet agent économique rationnel routinier, l’entrepreneur serait doté de qualités exceptionnelles qui le rendent capable de réinventer les structures d’un marché. Et puisqu’il est le moteur du monde à travers la création destructrice, il est une personne supérieure qui s’arroge le droit de nous gouverner.


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