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03/08/202006:16

La crise sanitaire n’a pas manqué de nous interpeller. Rares, ont été, dans le passé, les situations qui nous ont permis d’observer aussi nettement les conséquences immédiates de décisions économiques sur des vies humaines. Face à une pandémie, il existe deux manières de répondre : payer POUR des vies ou payer AVEC des vies.


Pour les sociétés occidentales, le choix revient à une question d’aversion au risque. Combien de décès sont-elles prêtes à accepter ? La réaction du gouvernement français a été de stopper l’économie pour sauver les vies, « quoi qu’il en coûte ». L’enjeu est donc de savoir dans quelle mesure la vie humaine peut être valorisée en termes monétaires afin de rendre possible des choix efficients.
L’argument selon lequel « la santé n'a pas de prix » est pris en défaut. La réflexion doit mobiliser non seulement des motifs économiques, mais aussi des valeurs et des convictions de nature politique, éthique, religieuse.

Mais, jusqu’à quel point, la préservation de la vie humaine doit-elle rester le premier objectif des politiques économiques ? La première réaction est de considérer la question comme choquante. En effet, il serait impensable de mettre un prix sur une vie car :
- D’abord, ceci supposerait que l’être humain soit une marchandise
- Ensuite, chaque vie est sacrée dans la plupart des systèmes de croyances éthiques et religieuses. Sa valeur serait donc infinie.


En fait, la vie humaine n’a pas un prix unique mais DES prix : prix de la vie sauvée dont il est question avec la crise sanitaire, prix de la mort accidentelle, prix de la vie collective…. Connaître le prix d’une vie présente de nombreux intérêts. Au plan microéconomique, par exemple, il est possible d’établir le tarif d’une vie. C’est la rançon demandée lors d’un enlèvement.
Au plan macroéconomique, ceci est plus difficile. Les autorités comparent les coûts et les avantages à partir d’une estimation. Il s’agit de la VALEUR STATISTIQUE DE LA VIE. Elle est le rapport entre la somme d’argent que la Société est prête à débourser pour protéger ces citoyens d’un risque et de la probabilité de ce risque.
Par exemple, en matière de sécurité routière, l’interdiction de répondre au téléphone en conduisant est une décision qui reflète un prix implicite de la sécurité et donc une valeur attachée à la vie.  Il en va de même en matière de santé.  Cette évaluation rend explicite ce qui était implicite.

Pour autant, le prix d’une vie est-il le même pour chaque être humain ?
Malgré les idéaux de justice, la réponse est NON. Il dépend de nombreux critères, difficiles à mesurer. Le prix de la vie d’un individu ne peut être réduit uniquement à sa durée d’existence. Il convient de tenir compte notamment l’ensemble des conditions matérielles, dans lesquelles il passe son existence, mais aussi le prix du corps, la valeur sentimentale reçue d’autrui, l’âge de la personne… Ce prix ne serait pas une norme internationale mais le prix d’un individu dans un contexte spatio-temporel précis, il serait alors peut-être judicieux de réfléchir à une norme internationale qui s'imposerait à tous,
qui fixerait un prix de base de la vie humaine non négociable. Ce prix permettrait notamment de tenir pour responsable un État / entreprise qui n’investirait pas suffisamment en matière de protection et de santé pour ses citoyens / ses salariés / ses consommateurs…


En temps de paix, les choix d’un gouvernement sont toujours dictés par des contraintes budgétaires. Chaque dépense a, de ce fait, un coût d’opportunité. Voilà pourquoi, même si elles sont controversées et imparfaites, les évaluations économiques du prix de la vie ont une utilité. Elles évitent le côté irrationnel des décisions politiques. Elles permettent de mettre en perspective cette décision, voire son surcoût, avec d’autres usages possibles des fonds publics.
Pourtant, la valeur statistique de la vie humaine ne doit pas être une règle qui viendrait se substituer à la décision publique. Le dirigeant doit, à tout moment, pouvoir estimer légitime de s’écarter des conclusions auxquelles conduisent de tels calculs. La crise sanitaire actuelle nous éclaire ainsi sur l’avenir. Si nous accordons un prix à la vie humaine, nous devons alors agir en conséquence et préparer nos systèmes de santé et de protection sociale à de futurs évènements de ce genre.

En définitive, alors que l’Etat est responsable de la sécurité sanitaire de ses citoyens et des intérêts économiques de la nation,
les décisions qu’il prend révèlent un prix de la vie humaine. Ses choix sont d’autant plus difficiles à opérer que les coûts économiques des mesures de confinement ont des répercussions sur l’avenir.
L’Etat, peut-il choisir entre sauver des vies aujourd’hui ou sauver celles des générations futures ? Traditionnellement, les dirigeants politiques ont tendance à privilégier le temps présent. Jusqu’à quel point ? Désirent-ils ardemment protéger les citoyens du risque de mort ? Dans un monde où les ressources financières sont limitées, l’ensemble des risques auxquels l’homme est confronté ne peut être totalement supprimé.
Il y a donc inévitablement un niveau de risques au-delà duquel les dirigeants renoncent à investir des moyens supplémentaires pour renforcer la sécurité. Cette borne et les arbitrages qui lui sont associés doivent faire l’objet de vifs débats politiques, économiques, éthiques voire religieux.

Selon une étude de l’École des hautes études en santé publique, le confinement aurait permis de sauver la vie de 60 000 Français. Comme beaucoup d’autres pays, la France a fait le choix de la santé aux dépens de l’économie, des régimes plus autoritaires ont, eux, sacrifié les libertés individuelles au salut collectif et à la stabilité politique. Les nations européennes, elles, semblent avoir adopté une position médiane qui varie selon les connaissances émergentes et leur contexte.
Au final, l’Histoire dira quels pays auront pris les décisions les plus conformes aux aspirations et aux intérêts de leurs peuples.


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Mots clés : EconomiePolitique économiqueSantéRisque DécisionPandémie

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