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Apprenez-vous davantage de vos succès ou de vos échecs ?

Publié le mercredi 22 février 2023 . 5 min. 08

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« Il faut savoir tirer les leçons de ses échecs » ! Voilà bien une leçon de sagesse à laquelle tous les managers souscriront. C’est même presque une évidence, qu’on retrouve non seulement dans les livres de management, mais dans d’innombrables conseils de développement personnel, de psychologie, et même de philosophie.

Il y a bien sûr dans ce conseil une grande logique. D’abord, quitte à se planter, autant en retirer quelque chose, plutôt que seulement de l’amertume : tirer les enseignements de l’échec aide à mieux rebondir. Pour cela, le plus vite sera le mieux : c’est le fameux « fail fast » des start-up qui testent très vite leur modèle pour en changer si nécessaire.

Ensuite, nous disent les moralistes, l’expérience de l’échec forge le caractère : c’est en échouant qu’on apprend la persévérance, comme tous les grands hommes qui ont connu leur traversée du désert. Savoir résister à l’adversité, tomber sept fois et se relever huit, voilà bien une qualité indispensable au vrai leader.

Enfin, quand on est manager, la plupart du temps, on prend des risques. Des risques justifiés, calculés, certes, mais des risques quand même ; et celui qui prend des risques va forcément échouer de temps en temps. Fuir le risque par peur de l’échec, c’est le plus sûr moyen de ne rien faire. Croire, au contraire, qu’on peut prendre des risques et réussir à tous les coups, c’est de l’inconscience ou de l’hubris. Entre les deux, il y a une voie étroite, celle de la lucidité et de l’humilité.

Bref, l’échec aurait la grande vertu de nous forcer à revoir nos plans et à nous remettre nous-mêmes en question ; tandis que le succès, lui nous rendrait paresseux et complaisants. Et c’est pour cela que l‘échec serait bien plus formateur que le succès. On en viendrait presque à se demander pourquoi tout le monde ne va pas au bureau le matin en se disant « aujourd’hui, je me plante ».

En réalité, tous ces arguments nous expliquent de manière fort convaincante que nous pouvons, et même que nous devrions tirer les leçons de nos échecs.  Mais ils ne répondent pas à la question empirique : dans la vraie vie, est-ce vraiment comme ça que ça se passe ? Dans les faits, les individus et les entreprises tirent-ils vraiment plus de leçons de leurs échecs que de leurs succès ?

Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas certain.  Commençons par les organisations, puisque de nombreux chercheurs ont étudié l’apprentissage organisationnel. Le grand chercheur William Starbuck a par exemple conduit un grand nombre d’études de cas sur des entreprises en situation de crise ou d’échec et sur la manière dont elles les interprètent. Qu’en conclut-il ? bien souvent, quand on analyse un échec important, on l’impute à des causes extérieures et à des événements imprévisibles. Si en revanche on analyse un petit échec, celui d’une expérimentation, on en tire la conclusion qu’il était inutile de tenter des innovations et qu’on aurait mieux fait de continuer à faire comme avant. Soit «« Pas ma faute ! » ; soit « Pas la peine ! » Il y a bien sûr des exceptions, mais dans les deux cas, le résultat le plus fréquent est donc l’inverse de la vertueuse remise en question à laquelle l’échec était censé conduire.

Le diagnostic pessimiste de Starbuck ne surprendra pas ceux qui connaissent les grandes organisations et leurs jeux politiques : quand les résultats ne sont pas bons, il n’est pas rare qu’on voie les responsables ouvrir le parapluie, voire montrer du doigt des boucs émissaires, plutôt que de prendre leurs responsabilités. Mais la politique n’est pas la seule raison de ce phénomène. On le retrouve en effet au niveau individuel. Les psychologues Ayelet Fischbach et Lauren Eskreis-Winkler ont conduit une série d’expériences contrôlées pour mesurer l’apprentissage sur des tâches professionnelles simples ou sur des jeux. Leur conclusion : on apprend plus quand on réussit que quand on échoue. La raison est simple, et d’ailleurs bien connue de tous les pédagogues : quand on est en situation d’échec, on se sent menacé, et on déconnecte. Quand on est encouragé par le succès, au contraire, on s’applique.

Alors, faut-il renoncer à apprendre de ses échecs ? Non, bien sûr. Mais si les succès peuvent être aussi riches d’enseignements que les échecs, voire plus, il faut s’en servir aussi. Certes, si l’on ne fait que célébrer les succès, on devient complaisant ; mais si l’on ne fait que l’autopsie des échecs, on se met en mode défensif.

En fait, ce que toutes les organisations – et tous les individus – devraient faire, c’est un débriefing systématique de tous les projets. Et idéalement, mieux vaut que l’initiative dont on tire les leçons ne soit pas étiquetée « succès » ou « échec » : on est là simplement pour se demander ce qu’on aurait pu faire différemment et ce qu’on a appris. C’est comme cela que nous pouvons faire encore mieux qu’apprendre de nos échecs : apprendre de nos expériences – de toutes nos expériences.


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