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Se méfier des exigences capricieuses : l'objectif "zéro-sale-con"

Publié le lundi 22 janvier 2024 . 4 min. 47

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Dans les années 1980, le groupe de rock Van Halen se distinguait en imposant aux scènes où il se produisait une impressionnante liste de conditions, énoncées dans un contrat de 53 pages. L’une de ces conditions, stipulée par l’article 126 du contrat, était de fournir aux musiciens « un bol de M&Ms sans aucun bonbon marron ».

Caprice de rock star excentrique ? Non, outil de management ! C’est en tout cas ce qu’explique, dans son autobiographie, le leader du groupe, David Lee Roth. Quand Van Halen arrive en ville un matin avec ses neuf camions de matériel, et doit monter sur scène le soir, il doit pouvoir compter sur la résistance des structures, la fiabilité des installations électriques, la disponibilité des équipes de sécurité, et une foule d’autres détails. Il y va de la qualité de la performance et la sécurité des artistes. Toutes ces conditions figurent au contrat. Dans le récit qu’en fait David Lee Roth, l’exigence apparemment absurde prohibant les M&Ms marrons servait à vérifier que toutes les conditions du contrat étaient bien lues et exécutées. Les chanteurs n’avaient pas le temps de vérifier l’ampérage de chaque prise de courant, mais ils pouvaient rapidement vérifier la couleur des M&Ms. Les bonbons étaient un piège, un signal d’alarme qui permettait de démasquer un manager négligent pour éviter de monter sur une scène mal préparée.

Des auteurs aussi réputés que Chip Heath et Dan Heath ont repris ce récit à leur compte. Pour eux, le chanteur « n’était pas une diva, mais un maître de la gestion opérationnelle » dont nous devrions tous nous inspirer. Cherchez les signaux d’alarme qui annoncent un problème avant qu’il ne survienne, expliquent-ils en substance. Et s’il n’y en a pas, créez-les ! Comme les mineurs de fond qui emportaient des canaris dans la mine pour être avertis à temps d’une accumulation de gaz toxiques, vous serez prévenus des problèmes avant qu’ils ne deviennent ingérables.

L’histoire est belle, et sa morale semble sensée. Hélas, l’histoire est aussi… complètement fausse. C’est ce qu’a démontré, après une longue enquête, l’improbable newsletter Snack Stack, entièrement consacrée à « l’histoire culturelle des en-cas ». 

Les limiers de Snack Stack se sont d’abord aperçus que beaucoup de groupes de rock mentionnaient des conditions de ce genre pour s’assurer que leurs contrats étaient bien lus. Mais en général, ils étaient prêts à négocier ces conditions, voire à les retirer : après tout, si l’objectif est de s’assurer que l’opérateur du site fait son travail avec sérieux, le fait qu’il demande à renégocier l’article 126 (celui des M&Ms) est une preuve suffisante qu’il a lu en détail le contrat. Or le groupe Van Halen, lui, demeurait intraitable : il fallait que les M&Ms soient effectivement triés.

Un deuxième indice, c’est que, dès 1980, le caprice des M&Ms marron était universellement connu, non seulement des opérateurs de salles de concert, mais du public. Il faisait partie de la légende des rockers, au même titre que les milliers de dollars de dégâts que laissaient parfois les musiciens dans les hôtels où ils séjournaient. Or l’une des caractéristiques d’un piège, c’est qu’il perd tout intérêt quand tout le monde sait qu’il y en a un ! De fait, il aurait été très facile pour un opérateur paresseux de berner Van Halen en retirant les M&Ms marron… sans pour autant faire tout le travail difficile.

L’explication la plus vraisemblable de la hantise des M&Ms marrons, ce n’est donc pas que David Lee Roth est un génie du management. C’est que David Lee Roth est un rocker capricieux qui surjoue le rocker capricieux en inventant des exigences absurdes, juste pour montrer qu’il peut les imposer. Et, bien sûr, en en faisant la publicité.

Bref, c’est un comportement typique de ceux que décrit Bob Sutton dans un livre de 2007 au titre explicite : the no-asshole rule, en français Objectif zéro sale con.

Si la théorie des canaris dans la mine en prend un coup, il y a donc au moins deux vraies leçons à retirer de cette histoire. D’abord, les exigences qui passent pour des caprices sont souvent de vrais caprices qui ne servent à rien, sinon à montrer qui est le patron. Et surtout, qu’il faut se méfier, dans les revues de management, des histoires de rockers trop belles pour être vraies…


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