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ACCUEIL STRATÉGIE & MANAGEMENT Stratégie & Management Penser contre soi : la crise...
https://player.vimeo.com/video/413031437?autoplay=1 Olivier-Sibony-Penser-contre-soi-la-crise-nous-oblige-a-sortir-de-notre-modele-mental-306347024.jpg
05/05/202006:27

Depuis qu’a éclaté l’épidémie de Covid-19, nous nous demandons tous comment l’analyser. Quelles sont les causes réelles de cette épidémie ? Quelles défaillances de nos dirigeants expliquent que nous y soyons si mal préparés ? Et à quoi ressemblera le monde de demain, une fois que nous aurons surmonté cette épreuve ?

Ce qui frappe dans les réponses qu’on lit à ces questions, c’est leur diversité – et même parfois le fait qu’elles sont totalement contradictoires. Chacun semble voir dans cette crise inattendue la preuve des thèses qu’il a toujours soutenues et le signe annonciateur de son futur triomphe.

Pour certains, par exemple, il est évident que la crise sanitaire actuelle est une conséquence directe du modèle économique dominant. [Critique du système économique.]  C’est le néolibéralisme qui explique que notre système de santé aux budgets sans cesse rognés soit si mal préparé. Qui plus est, la crise ne fait qu’aggraver les inégalités : non seulement tous les Français ne vivent pas le confinement de la même manière, mais beaucoup de pays du Sud font face à une crise bien plus grave encore.  Demain, disent-ils, nous devrons inventer un monde différent, et d’abord plus juste.

D’autres ont une explication bien différente. [Critique de la dérive écologique.] Cette pandémie, comme d’autres avant elle, est d’origine animale. Elle est donc le fruit amer de notre manière de maltraiter la Terre : déforestation, réduction de la biodiversité, destruction des écosystèmes. C’est en quelque sorte un avertissement, peut-être le dernier avant un effondrement plus grave encore – notamment du climat.  Il est urgent d’inventer un monde différent, plus frugal et plus vert.

Une troisième vision propose une interprétation bien différente, qui part d’une autre cause : la mondialisation, bien sûr. [Critique du monde ouvert.] Si nous sommes incapables de faire face à cette épidémie, c’est parce que nous nous sommes lié les mains. Incapables de conserver une industrie nationale pour produire des masques ou des médicaments ; incapables de fermer nos frontières pour faire face à la menace ; nous sommes les victimes de choix politiques erronés. Demain, les entreprises relocaliseront leurs chaînes de production, et les consommateurs réapprendront à consommer local. Il est urgent de revenir à un monde différent, et d’abord plus national.

On pourrait continuer la liste. Bien sûr, il y a toujours plusieurs lectures possibles d’une situation. Mais il est frappant de voir coexister autant d’interprétations aussi complètement opposées, et toutes, dans une certaine mesure, plausibles. D’autant que personne, ou presque, n’avait vu venir cette crise. Ce qui soulève quand même une question logique : si le Covid-19 confirme ce que j’ai toujours pensé et toujours dit, s’il est la conséquence inexorable de forces à l’œuvre que j’avais identifiées de longue date, pourquoi ne l’avais-je pas prévu ?

Arrêtons-nous sur le mécanisme cognitif commun à toutes ces interprétations, sur celui que nous utilisons tous face à une situation inattendue. Pour donner du sens à une situation, nous devons nous raccrocher à une grille de lecture préexistante, à un modèle mental que nous plaquons sur nos observations. Ce modèle mental nous permet de sélectionner, dans la masse des faits disponibles, ceux qui confirment notre thèse, en ignorant les informations qui pourraient l’infirmer. C’est le biais de confirmation.

Plus la situation est complexe et ambigüe, plus les faits sont nombreux et se prêtent à diverses interprétations, et plus il est facile d’y voir la confirmation de ce que nous pensions déjà : le biais de confirmation nous permet ainsi de conforter nos modèles mentaux.

La même tendance à appliquer un modèle mental et à le confirmer se retrouve dans nos décisions de management. L’entreprise qui néglige l’émergence d’un concurrent « disruptif » est victime de son modèle mental.  La start-up qui ne réinvente pas son business model alors que son marché ne s’est pas matérialisé tombe dans le même piège. Comme le dirigeant qui réinvestit dans une affaire déficitaire alors qu’il devrait arrêter les frais.

Sortir de son modèle mental, c’est penser contre soi : c’est difficile ! En pratique, le meilleur moyen de le faire, c’est de s’entourer de personnes qui n’ont pas le même modèle mental, et qui sont capables, dans le respect et la confiance, de porter la contradiction.

C’est un conseil de bon sens, bien sûr. Mais c’est dans les crises qu’on a tendance à l’oublier.  Au nom de l’importance de fixer un cap, beaucoup de dirigeants ont tendance à moins consulter et à décider plus seuls. Parce qu’ils ressentent l’urgence d’agir, ils consacrent moins de temps à écouter, à délibérer. Parce que l’incertitude est immense, ils ont tendance à suivre leur instinct.

Or l’exemple de la crise actuelle le montre : c’est justement quand l’incertitude est extrême que nous risquons le plus de nous enfermer dans nos modèles mentaux. On n’a jamais autant besoin de débat et de contradiction que pendant une crise.


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Mots clés : ManagementInégalitésPolitiqueDécisionModèle mentalCovid-19

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