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SoLocal - Quand les LBO laissent la cible exsangue

Publié le mardi 7 février 2017 . 4 min. 15

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SoLocal, qui était précédemment connue comme les Pages Jaunes, vient de se sortir d’une crise financière difficile. L’essentiel des résolutions relatives au plan de restructuration financière proposée par les dirigeants de l’entreprise a fini par être approuvée en décembre 2016, après une bataille homérique.  On a frôlé la catastrophe. Que s’est-il donc passé chez SoLocal ?


Pour comprendre la situation, il nous faut remonter aux années 2004-2006. A l’époque France Telecom confrontée à un endettement important décide de céder un de ses bijoux de famille vieillissant, Les Pages Jaunes. Cette filiale, cotée en bourse en 2004, vendait depuis des décennies des annonces professionnelles aux artisans et commerçants, sous la forme d’encarts publicitaires et de mises en exergue dans les fameuses pages jaunes de l’annuaire. Le service proposé constituait ainsi une sorte d’agence de pub de voisinage, dans la capillarité territoriale. L’activité avait été historiquement très rentable et l’était resté, même si, au moment où France télécom décide de se désengager, il est clair qu’avec l’arrivée d’Internet, les jours du modèle d’affaire sont comptés, car fondé sur l’annuaire papier. Mais, pour bien vendre sa filiale, France Telecom fait bien sûr miroiter le rêve de l’agence de pub numérique locale.


Un LBO est alors organisé, sur la base d’un business plan exagérément optimiste, qui permet à France Télécom de céder très cher les 54% détenus dans sa filiale en 2006. Celle-ci en ressort très endettée alors même qu’elle va devoir affronter la difficile transition du business model du papier vers celui du numérique.


Au fond, c’est l’esprit d’un LBO : des repreneurs convainquent des banques qu’ils vont pouvoir générer la valeur d’achat payée, en la tirant de la cible, une fois restructurée et remise sur pied. Mais quand, en fait de restructuration, l’entreprise doit se transformer au milieu d’une révolution technologique, celle du numérique, et quand le prix de la reprise, exigé par France Telecom, laisse une dette démesurée, le cas devient compliqué.
Courant 2016 la situation de SoLocal était celle d’une dette de l’ordre de 1 milliard d’€, pour un Ebitda proche de 100 millions, laissant, après remboursement des annuités, un résultat net de l’ordre de 20 millions, très insuffisant pour investir pour surfer la croissance du numérique ! C’était tout le problème. La reconversion avait réussi. L’entreprise était rentable. Les perspectives étaient là. Le business model était bon, mais la structure financière héritée de la cession par France Telecom plombait son développement. Les fonds d’investissement qui avaient pris le relais du LBO avant de se dégager, non sans avoir remonté le cash disponible, avaient laissé place à une diversité d’actionnaires d’abord plein d’espoirs puis désemparés quand, en 2016, les dirigeants de SoLocal ont déclenché la crise, délibérément, pour pouvoir ensuite repartir sur des bases financières solides et tirer plein profit du nouveau business model numérique.


Fort de ce nouveau business model, mais affaibli par son endettement élevé, l’entreprise a alors suscité les convoitises d’actionnaires activistes qui voyaient la possibilité de mettre la main à bas prix sur une pépite, une sorte de phénix-licorne, phénix car renaissant de ses cendres, et licorne car néo-start-up aux dimensions déjà respectables avec un petit milliard de chiffre d’affaire.
Via le LBO, France Telécom Orange avait réussi à tirer sur le compte de SoLocal un chèque sur le futur. Depuis lors l’entreprise payait pour ce chèque originel. SoLocal a vaillamment fait face, s’est convertie au numérique avec succès, en traînant le boulet de sa dette, reçu comme une tare de naissance, ou plutôt de renaissance. Mais pour Solocal, la crise de l’automne dernier, aura permis de repartir sur des bases viables, en oubliant l’étape douloureuse du boulet du LBO, et c’est tant mieux.


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