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Le rétablissement spectaculaire du Royaume-Uni... pour l'instant

Publié le jeudi 29 avril 2021 . 4 min. 55

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Face à une Europe qui avance au ralenti, la croissance économique accélère au Royaume-Uni. L'indice des directeurs d'achats dans l’industrie manufacturière a bondi à près de 61 points en avril. C’est un pic depuis la fin 2013. Il se situe bien au-delà de la frontière des 50 qui sépare les zones d’expansion et de contraction de l’activité. Les services se sont mis au diapason à la faveur de l’allégement des restrictions sanitaires à partir de la mi-avril. Bilan, l’indicateur composite qui donne le pouls de l’ensemble de la sphère privée atteint 60 au plus haut depuis près de sept ans et demi. Alors que dans la zone euro, il ne dépasse pas les 54 points, soit un niveau équivalant à celui de juillet 2020. Il est clair que l’économie britannique a pris de l’avance. Quatre éléments sous-tendent ce retour du Royaume-Uni aux avant-postes.


La première explication relève de la pure mécanique comptable. Le traitement de la fermeture totale ou partielle des services publics n’a pas fait l’objet des mêmes conventions selon les pays. Certains ont été plus rigoristes que d’autres entraînant une chute de leur consommation publique et ôtant ainsi plusieurs points à leur croissance. Le Royaume-Uni, la France sont dans ce cas de figure, mais pas l’Italie, ni l’Allemagne et encore moins l’Espagne. Le retour de balancier donnera un coup de pouce à la croissance affichée des premiers.


La perte de pouvoir d’achat reste limitée


Deuxième facteur, comme un peu partout en Europe, le gouvernement britannique s’est efforcé de contenir les répercussions de la crise sur les revenus des ménages. La perte de pouvoir d’achat par habitant a été limitée à 0,5%. C’est beaucoup moins que lors des précédents épisodes notamment de 2011. Empêchés de consommer, les Britanniques ont mis leurs revenus de côté et l’épargne financière s’est envolée. Négative encore fin 2019 elle s’établit à près de 9% fin 2020, soit un bond légèrement supérieur à 9 points. C’est plus qu’en France, qu’en Allemagne, qu’en Espagne ou qu’en Italie. Bref, l’économie anglaise dispose d’une réserve de consommation supérieure aux autres.


En misant vite et beaucoup sur les vaccins, Boris Johnson a aussi gagné son pari. Il a permis au Royaume-Uni d’entrevoir avant d’autres le bout du tunnel. Cela a entraîné la réouverture des commerces non essentiels et des restaurants ou bars en extérieur dès le 12 avril, avec un redécollage des activités BtoC.


Il y a enfin, le soutien public. Le gouvernement dépense sans compter. Pour l’exercice fiscal 2020-2021, 280 milliards de livres sterling sont engagées dont près de la moitié pour soutenir les services publics, principalement la santé. Autres postes importants, le soutien à l’emploi, les prêts et garanties ainsi que le soutien direct aux entreprises. Et ce sont encore près de 53 milliards de prévus pour l’exercice suivant. L’enveloppe globale, à plus de 330 milliards de livres, ne représente pas moins de 16% du PIB. Aucune économie majeure européenne ne fait plus.


Plusieurs défis liés au Brexit restent encore à affronter


Si le court terme semble assuré, les perspectives sur une période longue sont plus incertaines. Si la pandémie passe, le Brexit reste avec une avalanche de défis à affronter. Notamment celui démographique, car 4,6% de la population active totale était composée d’habitants membres de l’Union européenne (UE) en 2019. Or, le nombre total de travailleurs européens se rendant au Royaume-Uni a chuté de 15% depuis le référendum de 2016. C’est un frein à la croissance, la main-d’œuvre locale ne pouvant s’y substituer, pas plus que celle venue d’ailleurs.


Les défis sont ensuite financiers. La Banque centrale fait son office en renforçant son dispositif de rachats de titres et en portant son taux directeur au voisinage de zéro. Mais le problème du financement de la dette va se poser. C’est aussi le cas de nombreux pays de la zone euro, à cette différence près que les risques de dérapage des taux en France, en Italie ou en Espagne sont plus faibles grâce au bouclier de l’euromark. Et si les taux souverains britanniques sont bas, le spread entre le Bund allemand à 10 ans et le Gilt s’est tendu. Il faut aussi évoquer le rôle de la City. Place financière incontournable, c’est un véritable aimant aux investissements étrangers de portefeuille, une voie de financement indispensable à l’économie. L’impact du Brexit est pour l’heure limitée, mais la plupart des prestataires de services financiers basés à Londres ont créé des filiales au sein de l'UE et ont transféré des capitaux.


Les défis sont également économiques. La hausse des prix à l’importation va alimenter l’inflation et mordre sur le pouvoir d’achat. C’est aussi la nécessité de redéployer une partie de sa base exportatrice vers le grand large. Politiques, les défis le sont tout autant avec enfin de la stabilité à l’intérieur. L’Irlande du Nord a été en proie à des heurts dans un contexte de mécontentement croissant au sujet des conséquences du Brexit. Ce même Brexit qui a redonné une soif d’indépendance aux Ecossais. Plus vite parti, le Royaume-Uni fera la course en tête cette année, mais comme face au lièvre de la fable, la tortue UE n’a pas dit son dernier mot.


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