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Ce n’est pas encore une tendance lourde, plutôt un ensemble de signaux faibles qui commencent à faire sens. Mais il semble bien que les investisseurs financiers commencent à se dire que le pétrole sent mauvais. Concrètement, que placer l’argent dont ils ont la charge dans le financement des compagnies pétrolières représente un mauvais risque.

Il y a d’abord eu la mise sur le marché ratée d’une partie des actions d’Aramco, la géante compagnie pétrolière saoudienne en novembre dernier. Après avoir été annoncée à grand renfort de tambours et trompettes sur le marché de Londres ou de New York, l’entreprise a dû finalement se contenter du petit marché local saoudien. Elle était prête à mettre 5 % de son capital sur le marché, une part qu’elle a dû revoir à 1,5 %, faute de demande. Des rumeurs ont circulé selon lesquelles des pressions politiques ont été exercées sur les grandes familles saoudiennes pour qu’elles mettent au pot car de gros investisseurs, comme le fonds souverain singapourien Temasek, ont annoncé qu’ils n’achèteraient pas d’actions d’Aramco pour des raisons environnementales.

Et puis, nouveau signal, l’agence de notation Moody’s a indiqué qu’elle allait dégrader la note de l’entreprise pétrolière ExxonMobil – considérer que son endettement est plus risqué - car elle ne fait pas d’effort pour s’adapter à une économie qui évolue de plus en plus vers le bas carbone. Une évolution amenée à s’amplifier.

De manière plus générale, une étude récente portant sur 679 compagnies pétrolières américaines et canadiennes montre que la psychologie des investisseurs semble en train de changer.

Ces entreprises font face à un énorme problème : la lutte contre le réchauffement climatique passe par une moindre utilisation du pétrole ce qui va leur imposer, à un moment qui reste encore indéterminé, de laisser une partie de leurs réserves dans le sol, en gros un tiers si l’on veut maintenir la hausse des températures à moins de 2°. Des réserves qui ne vaudront plus rien et que les économistes ont baptisé d’« actifs échoués ». Un sondage auprès des investisseurs montrent qu’ils sont sensibles au sujet : une large majorité considère que les risques financiers liés au changement climatique sont réels et qu’ils se matérialiseront dans les cinq ans qui viennent.

Pour autant, on ne constate pas un désinvestissement massif dans les pétrolières. Mais, démontre l’étude, depuis l’accord de Paris de 2015, si les entreprises propriétaires des plus grosses réserves prouvées continuent à bénéficier d’une valorisation supérieure aux autres, celles qui investissent pour développer de nouvelles réserves voient leur valeur tirée à la baisse.

Les actifs échoués commencent donc à exercer une influence sur le comportement des investisseurs. Signe de plus que les compagnies pétrolières sont considérées comme un mauvais placement pour des raisons environnementales. Une bonne nouvelle.


Publié le jeudi 20 février 2020 . 3 min. 03

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