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« Nous rejetons l’idéologie du globalisme pour adopter celle du patriotisme ». Dans son discours à la tribune des Nations Unies fin septembre, le président Donald Trump a réaffirmé son créneau souverainiste. Une orientation politique assumée par l’utilisation de l’arme protectionniste afin de plier ses « partenaires » commerciaux à son bon vouloir. Trump nous fait-il entrer dans un nouveau monde de conflits économiques et doit-on craindre son protectionnisme ? Pour l’instant, la réponse est non.

 

Il est vrai que depuis le mois d’avril 2018, les tensions commerciales n’ont cessé de monter entre les Etats-Unis et la Chine, point le plus chaud de la politique commerciale agressive de Donal Trump. En avril, les Etats-Unis taxent 50 milliards d’importations chinoises, 1097 produits, à 25 %. La Chine répond en taxant un montant équivalent. Depuis le 24 septembre, les Etats-Unis taxent 200 milliards de plus de produits chinois, 5745 produits, à 10 %, le taux étant censé passer à 25 % en janvier 2019. Les Chinois répondent en taxant 60 milliards de plus d’exportations américaines, entre 5 et 10 %. Trump a alors promis de taxer les 280 milliards d’importations restantes, un peu plus de 3000 produits.
Quels sont les effets d’une telle escalade ? Sur le plan macroéconomique, pour l’économiste Patrick Artus, « c’est un non évènement total » ! Pourquoi ? Pour deux raisons.

 

Les mesures actuelles concernent 12 % des importations américaines, les mesures de rétorsion des « partenaires » commerciaux des Etats-Unis concernent 8 % de leurs exportations, selon le Peterson Institute for International Economics. Pour l’instant, on ne parle pas de gros enjeux. Surtout, Trump redistribue en interne le pouvoir d’achat qu’il prend aux ménages : 12 milliards de subventions agricoles vont aux agriculteurs principalement touchés par les mesures chinoises, à quoi s’ajoutent les baisses d’impôts et la hausse des dépenses publiques.

 

En fait, à relire les grands auteurs, on s’aperçoit qu’ils font peu de cas des effets macroéconomiques du protectionnisme. A l’image d’un Joseph Schumpeter écrivant « le protectionnisme en tant que tel n’a joué qu’un rôle mineur dans le cycle de l’après-guerre ». Même idée chez le prix de la Banque de Suède en économie Arthur Lewis dans son livre consacré à l’entre deux guerre qui rappelle que le commerce international a crû moins vite que la production entre la fin de la Première Guerre mondiale et la fin des années 1920 et que les droits de douane sur les produits industriels étaient plus importants en 1927 qu’en 1913.

 

C’est le ralentissement de l’économie américaine et la baisse de la population qui a provoqué la baisse du commerce mondial, le protectionnisme n’est venu qu’après et son niveau a été surestimé. De son côté, la britannique Susan Strange explique que la raréfaction du crédit susceptible de financer le commerce a joué un rôle restrictif aux échanges plus fort que les politiques protectionnistes.

 

Si on surestime les effets macroéconomiques du protectionnisme, on sous-estime ses effets psychologiques : les « esprits animaux » des entrepreneurs, leur volonté d’investir, sont érodés par les tensions protectionnistes. Et le livre d’Arthur Lewis montre que, même surestimé, le protectionnisme nourrit le débat et les tensions politiques.

 

La politique commerciale de Trump comporte également une dimension juridique. Les Etats-Unis s’opposent depuis l’été 2017 au renouvellement des juges de l’Organe de règlement des différends (ORD), la chambre d’appel de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il ne s’y trouve plus depuis le 1er octobre que trois juges sur sept en temps normal. Toute décision d’appel réclame au moins trois magistrats : si dans un cas à venir l’un d’entre eux devait se retirer pour des raisons de conflit d’intérêt, l’ORD serait bloqué.

 

Pour autant, ce n’est pas encore la mort annoncée du multilatéralisme : le FMI fait des prêts à une Argentine en crise, la Banque mondiale accorde des financements aux pays pauvres, l’OCDE continue à lutter contre les paradis fiscaux (et les Etats-Unis sont aujourd’hui prêts à aller plus loin que les Européens), le Comité de Bâle travaille sur les règles bancaires internationales, etc.

 

L’OMC ne va pas bien mais elle était déjà en train de mourir avant l’arrivée de Trump. Le cycle de Doha démarré en 2001 n’avait pas abouti. L’institution a voulu outrepasser ses prérogatives en ne se limitant plus à faire la police des frontières tarifaires mais a prétendu intervenir sur les questions de santé publique, d’éducation, d’environnement, etc., une erreur qui lui a coûté sa légitimité.

 

Un protectionnisme plus fort et généralisé ferait assurément du mal à la croissance mondiale. Nous n’en sommes pas là : Trump négocie et aboutit ou va aboutir avec la Corée du Sud, le Japon, l’Union européenne, le Mexique, le Canada. Seule la Chine reste un point de bataille pour la future domination technologique du monde dans des industries monopolistiques dont les deux pays veulent s’assurer une position dominante. On assiste ainsi à un affrontement technologique, pas une guerre commerciale mondiale.


Publié le lundi 29 octobre 2018 . 5 min. 34

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