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Coronavirus : évaluer l'ampleur de la menace économique et financière

Publié le mercredi 26 février 2020 . 6 min. 44

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La crise du Coronavirus a pris une nouvelle dimension. La diffusion de nouveaux foyers au plan mondial, en Corée, en Italie, en Iran crédibilise l’hypothèse d’une pandémie mondiale. Les marchés boursiers, jusqu’ici impavides, ont commencé à dévisser. Le choc n’intervient pas à n’importe quel moment. Il se produit, comme un coup fatal porté à une économie mondiale déjà chancelante et hantée par le spectre d’un Big One financier.


Risque d’un choc d’offre d’une ampleur inédite


Essayons déjà de cerner le risque, même si son évaluation sort du champ de compétences d’un économiste. L’ampleur de la pandémie est à ce stade inconnue. Mais la probabilité que cette dernière échappe à la maîtrise est très élevée. Plutôt que de se référer à la cacophonie du moment, mieux vaut se tourner vers l’évaluation de ce risque faite à froid par l’OMS en septembre 2019. Selon ce rapport, l’augmentation des échanges, des voyages, les manipulations de souches virales en laboratoire, etc., augmentent considérablement les risques de propagation rapide d'un agent pathogène respiratoire, semblable à la grippe espagnole. Une telle pandémie pourrait tuer de 50 à 80 millions de personnes, bouleverser l'économie et semer le chaos social. Selon l’OMS, la plupart des pays, notamment ceux en voie de développement, y sont dangereusement sous-préparés.


Nous savons néanmoins avec une forte probabilité que cette crise sanitaire devrait être limitée dans le temps, soit qu’elle réponde à des facteurs climatiques, dans le meilleurs des cas, soit qu’un vaccin soit mis en place, dans un horizon de un an à un an et demi.


Nous connaissons aussi la nature des implications. D’abord, une menace de blocage des chaines d’approvisionnement de nombreuses industries en dehors de Chine. A ce stade, les provinces et villes concernées en Chine par la prolongation des congés ou les mesures de confinement pèsent pour plus de la moitié du PIB. C’est considérable. Textile, informatique, électronique, automobile, pharmacie, chimie, la liste des secteurs  très dépendants de l’empire du Milieu est longue. La Chine, c’est 60 % de la production mondiale des batteries lithium qui équipent les véhicules électriques. C’est plus de 80% des terres rares qui sont incorporées dans les smartphones, les éoliennes, les appareils d'IRM, les batteries électriques, 80% des principes actifs qui composent nos médicaments… Si l’on ajoute maintenant l’extension possible de ce type de mesures à la Lombardie, la Vénétie, la Corée du Sud, etc., l’industrie mondiale est confrontée à un risque de choc d’offre d’une ampleur inédite, qui pourrait s’accompagner d’un renchérissement de nombreux composants. Ajoutons à cela, le transport aérien, le tourisme, etc. Et l’on se dit que le risque d’embolie, ou de gros coup de frein productif, est très élevé. Et l’on se dit aussi qu’à ce stade, malgré son récent décrochage, la Bourse est loin d’avoir pricé tout le risque.


L’État peut éviter une paralysie de l’économie


Face à un risque de décrochage de forte ampleur, mais à durée circonscrite dans le temps, mettant en péril la trésorerie de nombreuses entreprises, les gouvernements devraient se retrouver en première ligne pour limiter la casse à moyen terme. Leur rôle de soutien rapide et puissant à la sphère privée va être décisif dans les mois qui viennent, pour éviter une onde de résonnance financière qui aggraverait la dépression et se transformerait en destruction irréversible de capacités. L’État ne peut rien à court terme pour rétablir les chaines de valeur désorganisées. Il peut en revanche éviter que toute l’économie ne se fige, notamment toute la sphère des services. Les banques centrales vont jouer également un rôle clé, pour éviter que la crise productive ne vire en crise de liquidité. La grande inconnue en Europe sera allemande. En première ligne de la crise productive, d’abord industrielle, pénalisée à la fois en amont sur ses approvisionnements et en aval sur ses débouchés asiatiques, elle aborde ce choc avec une industrie déjà chancelante. L’absence de réponse budgétaire appropriée de la première économie d’Europe créerait un risque considérable d’aggravation de la dépression sur l’ensemble de la zone euro.


Croire que la crise s’arrête avec la fin de la pandémie serait néanmoins une erreur. À guetter le Big One du côté de la sphère financière, nous avons occulté l’autre risque systémique majeur dans un monde plat, bâti sur la mobilité des hommes et des marchandises : la viralité humaine autre talon d’Achille de la mondialisation. Celle-ci nous rattrape, comme pour nous rappeler qu’une page de la mondialisation est en train de se tourner.  Et c’est l’autre défi des gouvernements : accompagner un mouvement de démondialisation à plus long terme qui remet en cause toute l’architecture des chaînes de valeur et notre relation au marché et au territoire.


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