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Xerfi Canal présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi

 

La reprise européenne est en train de flancher. Et elle flanche faute d’une locomotive. Quelle était la condition pour que s’opère une diffusion positive de la croissance au sein de l’espace européen comme nous l’espérions il y a encore 6 mois ? Le Sud avait d’abord besoin de créer un écart de coût avec le Nord pour récolter les fruits de son effort de déflation salariale. Et pour créer vraiment l’écart, il fallait que la dynamique des prix des salaires et de la demande diverge entre le Nord et le Sud. C’était la condition clé pour consolider la réduction des déséquilibres financiers entre le Nord et le Sud, ceux des transactions courantes comme ceux des administrations, sans compromettre la reprise.


Car jusque-là, la réduction des déséquilibres était d’abord la contrepartie de l’effondrement des demandes internes du Sud. Le contrepoids du Nord était d’autant plus vital, que la France, en jouant la carte de la consolidation budgétaire, ne jouerait plus le rôle traditionnel de stabilisateur de la croissance européenne.


Le résultat des négociations salariales allemandes donnaient encore quelque crédit à ce scénario au début de l’année 2013. L’évolution des coûts horaires du travail outre-Rhin semblait bien en mesure d’impulser une dynamique de la demande intérieure, si vitale pour le restant de l’Europe. Elle semblait également participer à la résorption des écarts de compétitivité en Europe.


Malheureusement cette divergence nécessaire, a fait long feu. Et depuis plus d’un an, l’Allemagne est rentrée dans le rang de la déflation européenne. Ses coûts horaires qui semblaient s’orienter vers des rythmes de croissance annuels de 3-4 % ont soudainement décroché. La modération des bonus est passée par là. Et tout comme le reste de l’Europe, les coûts allemands ne progressent plus qu’au rythme de 1 %. La déflation a gagné le cœur même de l’Europe et joue comme un étouffoir de la reprise.


Résultat, l’Allemagne est emportée dans un mouvement de ralentissement et maintenant de baisse des prix de production d’une ampleur au moins équivalente à ce que l’on observe en Espagne, en France, ou dans la moyenne de la zone euro. Autrement dit, l’Allemagne ne joue pas le rôle de stabilisateur que l’on pouvait attendre, pour l’intérêt de la zone et pour son intérêt propre.


Nul besoin d’épiloguer. Les enquêtes industrielles s’affaissent partout en Europe. Chacun attend son salut de la politique de la BCE. En pure illusion. La panne européenne est sérieuse et la zone-euro ne sortira pas de son cercle vicieux déflationniste sans une coopération véritable entre les État-membres.

 

Olivier Passet, L'Allemagne ne joue pas le jeu du rééquilibrage, une vidéo Xerfi Canal


Publié le mardi 1 juillet 2014 . 3 min. 04

Mots clés :

Europe / Zone euro

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