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L'essor inquiétant du capitalisme autoritaire

Publié le vendredi 22 février 2019 . 5 min. 09

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Le capitalisme autoritaire serait-il en train de s’imposer peu à peu comme nouvelle norme d’une mondialisation devenue belliqueuse ? Il est loin le temps, où Fukuyama prophétisait la fin de l’histoire, l’avènement d’un état idéologique stationnaire où la démocratie libérale uniformiserait le monde. Loin le temps aussi où il allait de soi que  l’intégration économique était facteur de moindre conflit entre les nations. Où Amartya Sen, voyait en la démocratie, le seul système apte à générer du développement.


Au moment même où s’épanouissaient ces thèmes, nous glissions déjà paradoxalement dans la guerre diffuse, la résurgence du fait religieux, la montée en puissance du cyberspace comme nouveau terrain de guerre planétaire, dans une  exacerbation des fractures sociales et territoriales, dans le délitement des classes moyennes dans le monde développé, et la fausse promesse de leur avènement dans le monde émergent.


Contradictions internes du modèle d’accumulation


Dans le prolongement de ces phénomènes, la démocratie est en recul sur tous les continents, notamment depuis 2010. Alors qu’en l'espace de quarante ans, le nombre des démocraties s'était multiplié dans le monde — passant de 35 à plus de 100— les ingrédients démocratiques reculent. Un tiers de la population mondiale vit dans un pays où la démocratie est en recul, selon une étude qu’ont publiée récemment des chercheurs de l’Université de Göteborg. Y compris et notamment en Europe.


Face à cela, il y a ce terme ramasse-tout de« montée des populismes », qui nous place face à une équivalence faussement évidente. Mondialisation = inégalité = défiance = nationalisme vindicatif…. Et rejet des partis de gouvernement qui structuraient la vie politique des grandes démocraties.


Il y a aussi le capitalisme d’État chinois engagé dans une véritable stratégie d’extension de son influence, et qui s’érige en alternative idéologique pour le monde en développement et même pour le monde développé. Qui place le droit au développement avant celui des peuples à disposer d’eux-mêmes. Qui réactive la bonne vieille opposition entre démocratie formelle, portée par les démocraties libérales et la démocratie réelle, laquelle suppose une émancipation par l’amélioration de la condition matérielle.


D’où ce retour en grâce aussi du paradigme marxiste. Non que l’on observe une baisse tendancielle du taux de profit… Mais parce que chaque crise nous rappelle en effet que nos modèles d’accumulation, tout en sachant se régénérer, sont bien habités par de fortes contradictions internes qui menacent leur soutenabilité. La maximisation du profit conduit à l’apparition de crises récurrentes au plan économique, mais aussi social, politique, militaire et écologique. Et de plus en plus d’économistes, pourtant libéraux, s’accordent sur des constats qui, mis bout à bout, sont autant de briques qui régénèrent la lecture pessimiste de l’histoire : affaiblissement du rapport salarial, hyper-concentration de la rente entre un tout petit nombre, les fameux hyper-riches qui captent un quart des fruits de la croissance, émergence de quasi-monopoles dans certains secteurs ou de géants too big to fail qui prennent en otage les États, phénomènes de capture du législateur, jusqu’au spectre de la stagnation séculaire qui rappelle étrangement l’Etat stationnaire promis par les grands classiques.


L’entre soi, un réflexe dangereux


Dans ce contexte, l’autoritarisme est le réflexe d’acteurs économiques qui se sentent attaqués, piégés dans un jeu d’interdépendances dont ils perdent la maitrise et qui deviennent vecteurs de crise. Cette crispation, cette tentation d’ériger des murs est nocive, car paradoxalement, elle n’est là que pour proroger le système en l’état. L’autoritarisme se bâtit sur l’ennemi extérieur, au lieu de s’attaquer aux contradictions internes du système et de le réformer. Trump en est emblématique. La détresse sociale porte au pouvoir l’un des milliardaires les plus indécents de la planète. Avec lui, le monde des affaires fait main basse sur l’État, évacuant la question sociale, la question environnementale, sapant les secteurs disruptifs qui ébranlent les industries en place. Le mythe du ruissellement bat son plein. Et l’entre-soi, fait figure de solution à tout.


Là où le capitalisme aurait besoin d’un interventionnisme véritable, pour rééquilibrer les dérives du marché, il récolte sa version dévoyée, un laisser-fairisme xénophobe et agressif, qui s’attaque à tout, sauf aux racines du mal.


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