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11/06/201905:35

Mais que sont devenus les global imbalances, ces déséquilibres des balances courantes vertigineux qui avaient culminés dans les années 2000 ?


Les Émergents finançaient les pays avancés


Derrière cette expression ce que l’on pointait, c’était l’ampleur inégalée des déséquilibres bilatéraux. Avec d’un côté le déficit considérable de la balance a américaine, gouffre qui a voisiné 6% du PIB US vers 2006-2007. Et de l’autre côté les excédents considérables des pays producteurs de pétrole, qui ont atteint 15% de leur PIB à leur paroxysme. Celui de la Chine qui a flirté les 10% en 2007, celui de l’Allemagne qui a frôlé les 7% également, et enfin celui du Japon, les 5%, toujours en 2007. Une énorme machine à accumuler les dettes d’un côté, et une énorme machine à accumuler les créances de l’autre.


Ce que l’on désignait aussi, à travers cette expression, c’est la typologie inédite de ces déséquilibres bilatéraux. Avec une situation paradoxale et inédite aussi, où les flux de capitaux s’orientaient globalement des pays émergents ou en développement, pour financer les pays développés. Une anomalie par rapport à la théorie de la balance des paiements qui sous-tendait tout le discours sur le caractère vertueux de la libéralisation des flux de capitaux. Une théorie selon laquelle les pays développés matures, à population vieillissante et à forte propension à épargner, avaient vocation à financer l’accumulation de capital des pays émergents. Meilleure façon de bâtir une rente pour les retraites pour les uns et le développement pour les autres.


Excès structurel d’épargne


Ce que l’on désignait enfin à travers cela, c’était une situation globale d’excès structurel d’épargne à travers le monde :


1. La propension des pays émergents à accumuler des réserves pour se prémunir des risques financiers et de change liés à leur croissance.
2. La propension des ménages de ces pays à accumuler une épargne de précaution face au sous-développement de leurs systèmes de couverture sociaux.
3. La propension des pays pétroliers à accumuler une rente énergétique du fait de l’épuisement des ressources fossiles, et de leur renchérissement inexorable.
4. Le repli sur l’épargne des deux grands pays les plus vieillissants : le Japon et l’Allemagne.


Et face à cela, les Etats-Unis, immunisés par le privilège exorbitant du dollar, se sont engouffrés dans cette fenêtre d’argent facile pour booster leur demande et la valeur de leurs actifs, avec en arrière-plan une dérive inégalée de l’endettement privé. Un débouché miné par l’épargne d’un côté, et un consommateur en dernier ressort américain, écoulant les excédents de production du reste du monde de l’autre.


Et si la Chine liquidait ses T-Bonds ?


La notion de global imbalance est sortie des radars aujourd’hui. Et pour cause. Les déséquilibres bilatéraux n’ont plus la même ampleur. Lorsque l’on rapporte les soldes courants des grands protagonistes des global imbalances au PIB mondial, le phénomène a clairement changé d’intensité. La crise de 2008 a mis un terme à la course folle à l’endettement privé américain, modérant le déficit des transactions courantes de ce pays. L’explosion du pétrole et gaz de schistes a réduit la rente énergétique des pays producteurs. En face, l’excédent global des pays émergents et en développement s’est résorbé, dans le sillage de la Chine et de l’OPEP. Et ce sont les pays de la zone euro, Allemagne en tête, et dans une moindre mesure du Japon, qui concentrent les excédents. Les global imbalances sont de moins grande ampleur, et le paradoxe de l’inversion des flux de capitaux entre émergents et pays avancés a pris fin.


Le monde n’en reste pas moins toujours en situation d’excès d’épargne globale, comme en témoigne la faiblesse des taux d’intérêt. Le déficit de structures sociales et le vieillissement continuent à agir sur l’équilibre du marché des capitaux mondiaux.


Et demeure aussi la crainte larvée du sudden stop. La crise que provoquerait le désengagement soudain d’un grand créancier du marché américain. On l’a craint dans les années 80, quand le Japon était le principal créancier des Etats-Unis. Or la crise japonaise des années 90 n’a fait que doper les Etats-Unis par la décrue des taux d’intérêt qu’elle a enclenchée. On l’a craint à la veille de la crise de 2007-2008. Or l’effondrement du système financier américain est venu de l’intérieur et n’a en rien entamé le statut du dollar. On le craint aujourd’hui avec les nouvelles tensions sino-américaines : et si la Chine liquidait ses réserves en bons du trésor US, menaçant le financement du déficit américain ? Sauf que la Chine n’a pas ce pouvoir. Ses réserves sont aujourd’hui en nette décrue. Et si elle stoppait le financement américain, elle stopperait du même coup l’alimentation en liquidité de son système bancaire. Elle saperait surtout ses débouchés externes.


Les global imbalances sont dangereux du fait des comportements de surendettement et des forces déflationnistes qui les sous-tendent. Mais non du fait du pouvoir de nuisance qu’ils confèrent aux créanciers.


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Mots clés : Economie mondialeEpargneFinanceEtats-UnisPays émergentsBalance couranteFlux de capitaux

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