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Il y a quelques années, nous exhibions souvent le graphique suivant : celui de la production industrielle américaine comparée à celle de la zone euro. Un graphique en ciseau qui témoignait du renouveau industriel américain, porté par l’irruption des gaz de schistes, le dollar faible, la relocalisation de certains pans de l’industrie - l’automobile notamment - dans les États  à bas salaires, et la politique proactive du gouvernement en faveur de la demande. Un graphique qui rendait compte, a contrario, de l’atrophie industrielle d’une Europe piégée dans un euro surévalué, la purge des surcapacités du Sud, l’étouffoir de la rigueur budgétaire, etc. Une situation aggravée par son hors-jeu dans la course numérique.


Les États-Unis paraissaient alors sur le point d’opérer leur come-back industriel, maitres du jeu en matière énergétique et forts du potentiel de prédation des GAFA. La mise sous tutelle du reste de l’industrie mondiale par ces sur-traitants planétaires paraissait imminente. Sachant que les masses en présence, en termes de valeur ajoutée, étaient à peu près les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique, de l’ordre de 2000 milliards de dollars.


L'Europe machine de guerre, pilotée par l'Allemagne


La suite montre que la dynamique européenne était bien plus robuste et l’ascendant américain moins tracé qu’il n’y paraissait. Le rééquilibrage des changes et l’atténuation de la rigueur en Europe ont remis la production industrielle sur un rail ascendant. Et encore, ces données intègrent l’énergie, ce qui embellit le tableau américain. Lorsque l’on se recentre sur le secteur manufacturier stricto sensu, les choses sont encore plus manifestes. La dynamique haussière est bien du côté européen, avec l’Allemagne comme pivot industriel de la zone.


Le mot "locomotive" serait néanmoins abusif car l’Allemagne est passée en force, en écrasant pour ce faire sa périphérie. Il suffit de comparer la dynamique française et allemande pour s’en rendre compte. Les pressions déflationnistes ont provoqué un élagage des capacités et une compression des coûts qui a atteint son paroxysme dans les économies du Sud.


Le moteur de la reprise mondiale sur le haut de la chaîne de valeur


Il n’en reste pas moins que cette plateforme européenne est devenue une véritable machine de guerre. C’est elle qui a aujourd’hui le vent en poupe en termes de croissance. C’est elle qui accumule les excédents commerciaux. Et c’est elle qui constitue le véritable moteur de la reprise mondiale aujourd’hui, Chine à part. Mais, contrairement à la Chine, c’est l'Europe qui se situe encore au sommet des chaînes de valeur.


Obnubilés par la désindustrialisation et par l’omnipotence des GAFA, c’est une chose à ne pas perdre de vue. L’Europe n’a pas dit son dernier mot en matière industrielle. Elle demeure encore, en rivalité avec les Etats-Unis et dans la douleur certes, le pivot principal des écosystèmes de valeur mondiale.



Publié le jeudi 21 décembre 2017 . 3 min. 23

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