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Retour sur la Grèce : la "liquidation judiciaire"

Publié le mercredi 9 septembre 2015 . 3 min. 45

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur de synthèses - Xerfi

 

Revenons sur le cas grec. A froid. Loin des passions de l’été. Nous avions critiqué alors l’accord entre la Grèce et ses créanciers, comme la plupart des économistes d’ailleurs. Pour une raison majeure : c’est que ce troisième plan ne comporte aucun dispositif permettant une véritable reconstruction de l’économie grecque. C’est au fond un plan de liquidation judicaire ordonné qui repose sur quatre piliers : 

Une taxation lourde de la consommation, touchant toute la population alors que cette dernière est déjà très largement insolvable ; un durcissement judicaire accélérant la saisie des biens, et notamment des résidences principales ; une privatisation des biens publics ou des entreprises stratégiques comme collatéraux de la dette grecque ;  une déréglementation brutale du marché du travail, qui dans le contexte grec se soldera par toujours plus de déflation salariale. Mais abandonnons un instant ce point de vue qui voudrait que servir l’intérêt à long terme de la Grèce soit la posture la plus conforme à l’intérêt général de l’Europe dans son ensemble. Et observons un instant comment les égoïsmes nationaux jouent maintenant la partie. Que voyons-nous ?

 

D’abord les chinois qui ont saisi l’opportunité d’avoir un accès privilégié vers les l’Europe centrale et orientale. En étendant leur emprise sur le port du Pirée depuis 2008, ils s’offrent les moyens d’acheminer des containers en provenance d’Asie avec des délais réduits de 6 à 10 jours par rapport aux grands ports du Nord (Hambourg, Rotterdam ou Anvers). Ils convoitent maintenant des bases logistiques. Ils s’activent avec la Serbie et la Hongrie, pour construire une ligne à grande vitesse dédiée au transport de marchandises, réduisant de 20 à 30 jours, le transport de marchandises vers l’Europe du Nord. Sans compter toutes les opportunités que va créer l’extension du canal de Suez, qui double ses capacités.

 

Les Allemands ensuite : Le pays est, on le sait, globalement déficitaire sur ses échanges de services avec le reste du monde. Du fait de sa balance touristique notamment. Comment rééquilibrer ce poste ? En prenant des intérêts sur les infrastructures touristiques à l’étranger. Et ce n’est pas un hasard si c’est une entreprise allemande la société Fraport, qui vient de prendre possession  de 14 aéroports régionaux grecs, dont certains très touristiques comme Corfou, Rhodes Kos ou Thessalonique, pour 1,2 milliards d'euros. Une autre société allemande possède également 40% du capital de l’aéroport d’Athènes. Et ce sont toujours les allemands qui avaient proposé en juin de localiser le fond de privatisation grec au Luxembourg, au sein de l’Institution pour la croissance, en lien avec la Banque européenne d’investissements et la Banque pour la reconstruction (KfW), une institution de droit allemand.

 

On pourrait évoquer également les projets russes de gazoduc transitant par la Grèce, et toutes les convoitises sur le sous-sol minier grec (les mines d’or notamment).
Ce bref aperçu montre deux choses. Un, que confronté à un enjeu financier majeur, la Grèce se voit dépossédée peu à peu des rentes qui auraient pu la mettre sur la voie d’un développement endogène. Deux. Que la France, n’ayant pas choisi son camp, se retrouve perdante sur tous les tableaux. N’ayant pas su protéger les intérêts de long terme de la Grèce, elle sonne pour l’heure aux abonnés absents dans la dispute des atouts géostratégiques que recèle la Grèce.

 

Olivier Passet, Retour sur la Grèce : la "liquidation judiciaire", une vidéo Xerfi Canal TV


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