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La prise de conscience que la préservation de la planète ne peut toute entière reposer sur les solutions d’efficacité ou les hyper-pouvoirs de l’innovation, et que tous les acteurs économiques doivent aussi modérer leurs pratiques de consommation a fait son chemin. Les politiques et les institutions se sont approprié le terme. Mais qu’en est-il de la société ?


Le mot comporte une dimension punitive : l’idée du renoncement à un consumérisme sans limite, mais aussi à des usages, des conforts que le capitalisme valorisait jusqu’ici comme appartenant à la marche du progrès. Cette renonciation soulève la question conflictuelle du « sur qui doit peser l’effort ? ». Avec l’inévitable défiance qu’elle suscite. Les plus pauvres ou les classes moyennes seront-ils encore en première ligne pour que quelques-uns préservent leurs privilèges, comme en témoigne le débat de l’été sur les jets privés ? La sobriété et la responsabilisation individuelle, ne sont-ils qu’une diversion accouchant d’effets microscopiques, pour détourner l’attention sur le fait que, pendant ce temps, se poursuit la course productiviste du grand capital ? Entre complotisme, conflictualité sociale, tous les ingrédients sont réunis pour que l’enjeu fâche et fracture un peu plus l’archipel de l’opinion française.


La sobriété semble ne pas entamer le bien-être des Français


Et c’est d’abord cet « a priori » de réticence et de conflictualité forte que dynamite le sondage OpinionWay menée pour les Printemps de l’économie.


Penchons-nous d’abord sur le verre à moitié plein : ni déni ni refus frontal, les Français, loin de leur réputation réfractaire, sont conscients que la sobriété est l’affaire de tous et sont prêts à un engagement personnel. Ils ne sont pas les passagers clandestins d’un effort qui concernerait d’abord les autres. Seule une très petite minorité (11%) s’abrite derrière une posture climato-sceptique pour éluder l’enjeu alors que près des trois quarts sont conscients qu’il s’agit d’une nécessité de long terme. De façon plus ambiguë, 16 % des sondés y voient d’abord une nécessité liée à la guerre en Ukraine, agrégeant peut-être ceux qui considèrent la guerre comme un catalyseur utile de l’urgence. Surtout, légitimant l’objectif de sobriété, cette dernière n’entame pas nécessairement le bien-être pour une très large majorité de sondés (79 %). C’est un enseignement crucial de ce sondage.


Autre message fort, près d’un Français sur trois considère que le volontariat des acteurs (y.c. eux-mêmes) sera décisif. Par volonté d’évitement peut-être, mais aussi par conviction que l’enjeu est suffisamment intériorisé par les acteurs pour avoir prise sur leurs arbitrages. 28% préconisent la coercition, conscients que le volontariat individuel ne fera pas tout. Et in fine, leçon de modestie pour les économistes, seuls 38% croient que les incitations, la carotte et le bâton des chèques ou de la taxe, feront le job. En ligne avec ce constat de responsabilisation, lorsque les Français doivent noter de 1 à 10 les efforts déjà accomplis, ils s’accordent plus que la moyenne, sur une série d’économies en lien direct avec l’énergie ou le gaspillage (chauffage, éclairage, eau, durée de vie des produits), parce qu’ils en perçoivent immédiatement les effets sur l’environnement, mais aussi parce que cet ajustement recoupe leur préoccupation des fins de mois. Bémol néanmoins, lorsque ces efforts visent plus intimement l’art de vivre à la française (consommation de viande, mobilité, écrans, etc.), le manque de zèle prévaut. Enfin, lorsque le spectre des questions est élargi au rôle de l’État et des entreprises, les réponses révèlent une large appropriation des mécanismes de transformation et une forte conscience que la sobriété doit faire feu de tout bois.


Des fractures d’abord genrées


Le sondage révèle de surcroît un très haut niveau de conscience et une étonnante homogénéité entre les CSP+ et les CSP - concernant l’impact environnemental de nos modes de vie. Après un été caniculaire, un conflit qui met à mal notre approvisionnement énergétique, et alors que le choc inflationniste dure, la sobriété semble être devenue un fait de société. La surconsommation de certains biens, la capacité donc à s’en passer et à accéder à des substituts n’est certes pas identique, mais elle n’influence qu’à la marge l’appréciation de l’efficacité des mesures : préférence des CSP+ pour réduire la consommation d’énergie, de biens importés, ou l’utilisation de véhicules thermiques individuels… Plus forte valorisation par les CSP- de la consommation d’objets de seconde main.


Si l’on cherche alors des fractures, elles sont d’abord genrées. Plus positives sur l’impact des actions à mener, les femmes s’attachent plus aux gestes du quotidien, et croient moins aux actions à grande échelle que les hommes. Réduire les emballages les convainc plus que l’énergie nucléaire ou le fret ferroviaire. Elles sont également plus investies dans le passage à l’acte, concernant la consommation d’eau ou le recours aux objets de seconde main par exemple. Peut-être sont-elles aussi mieux informées : plus encline à modérer leur consommation de viande ou à tenir compte de la longue distance d’importation des produits, c’est-à-dire de leur empreinte carbone.


La sobriété n’est donc pas encore à ce stade source de désagrégation sociale. Mais ne soyons pas candides. La contestation est en germe et portée notamment par l’extrême droite : c’est là que la posture climato-sceptique est le plus rependue (24% contre 11% en moyenne). C’est parmi ses sympathisants que l’approche libérale, privilégiant le libre arbitre des acteurs, fait le plus d’adeptes : 41% contre 31% en moyenne. Sans doute pour certains par cohérence avec leur climato-scepticisme. Mais aussi, par défiance de l’État. C’est là encore que le déni sur les méfaits de l’élevage et de la consommation de viande est le plus développé.


Bref, si la sobriété devient demain un objet de contestation, elle dispose déjà d’un terrain d’instrumentation politique tout trouvé.


Publié le jeudi 13 octobre 2022 . 6 min. 27

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