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Un retour de l'inflation ? La déroute de la pensée économique

Publié le mercredi 21 juillet 2021 . 5 min. 38

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Inflation, le retour. C’est ce que nous dit la doxa : à long terme, toute augmentation de la quantité de monnaie se convertit inexorablement en hausse des prix, conformément à la théorie quantitative de la monnaie. Sur un horizon court, une politique monétaire expansionniste peut faire baisser transitoirement les taux d’intérêt réels, stimuler le crédit et l’investissement et réduire le chômage. Mais cette baisse du taux de chômage renforce le pouvoir de négociation des salariés, confronte les entreprises à des pénuries de compétence, faisant monter les enchères sur le marché du travail et provoquant une inflation par les coûts la fameuse courbe de Philips qui établit une relation inverse entre taux de chômage, croissance des salaires et inflation. Il y aurait donc une petite fenêtre de tir pour un arbitrage entre chômage et inflation. La synthèse dominante affirme néanmoins qu’à long terme, la quantité de monnaie n’a pas prise sur l’économie réelle. Ce sont les déséquilibres entre l’épargne et l’investissement qui régissent in fine la formation des taux d’intérêt.


L’emprise des théories (économiques) sur les cerveaux continue


Voici pourtant plus de dix ans que les banques centrales émettent massivement de la monnaie. La baisse des taux d’intérêt est bien au rendez-vous. Cette politique a bien limité les ravages sur l’emploi après 2008 ou durant la crise sanitaire. En revanche, la conversion du déversement de liquidités en inflation à plus long terme ne s’est pas produite. Nous avons évité par deux fois les enchaînements désastreux à la 29. La politique monétaire a donc bien démontré sa capacité à dérouter la dynamique longue de l’économie et du chômage. Sans elle, nous serions enlisés dans un chômage de masse et une déflation désastreuse.


L’emprise des représentations théoriques sur les cerveaux ne faiblit pas pour autant. Depuis la crise des subprimes, les prophéties d’un retour brutal de l’inflation resurgissent de façon régulière. Et les tensions sur les prix, notamment sur les matières premières que produit l’incroyable coup d’accordéon de l’économie mondiale avec la crise sanitaire, relancent les spéculations. La théorie ne peut se tromper. Patrick Artus nous met cependant en alerte depuis plusieurs années : « nous ne disposons plus d’une théorie économique claire de l’inflation, que ce soit à court terme ou à long terme ». La théorie monétariste de l’inflation est totalement invalidée par les faits et nous ne disposons pas d’un corpus de substitution. S’il fallait nuancer son propos, ce serait pour s’interroger sur l’emploi du « plus » qui suggère que nous disposions par le passé d’une grille pertinente.


Prenons le cas des États-Unis. Depuis 2000, que voyons-nous ? Que la quantité de monnaie émise par la Banque centrale a été multipliée par 10. Que la masse monétaire, encours de monnaie et de dépôts liquides détenus par les agents privés, a été multipliée par 4. Quant au niveau général des prix, il n’a été multiplié que par 1,6. Déroute totale de la théorie quantitative. Mais était-ce mieux avant ? De 1960 à fin 1999, qu’observe-t-on ? Base monétaire multipliée par 12, Masse monétaire par 16 et niveau des prix par 4… Même déroute.


L’inaltérable pertinence des constats de Keynes


Les lois fondamentales qui président la destinée du monde n’ont aucune assise empirique. Et que dire de la courbe de Philips ? Tous ceux qui tentent de tracer la courbe depuis des décennies sur la base des données observées parviennent au mieux à obtenir de petits serpentins baladeurs qui jamais ne s’alignent sur l’idéal type. Qu’à cela ne tienne, c’est la réalité qui a tort. Les économistes ont inventé le concept de chômage structurel, notion non observable et vérifiable. Si l’accélération de l’inflation s’observe même avec 10% de chômeurs, ce 10% définit un plein emploi. Et si la courbe est baladeuse, c’est la faute au chômage structurel, qui l’est tout autant. Bref, l’inflation nous permet de prendre la mesure de l’incroyable dogmatisme aveugle et non factuel de ce que l’on appelle le mainstream, accroché à la petite rente de formalisation sur laquelle il a bâti sa réputation.


Chaque crise fait éclater l’incroyable pertinence et actualité des messages de Keynes. Cette idée d’un lieu d’équilibrage de l’épargne et de l’investissement par le jeu des taux d’intérêt sur lequel les Banques centrales n’auraient aucune prise et qui gouvernerait la trajectoire longue de l’économie est une pure fiction pour Keynes. Ce marché n’existe pas. Pas plus que le marché du travail, dont le salaire gouvernerait l’équilibrage. Idem pour le risque d’inflation monétaire quand l’économie est en sous-régime. Une déconstruction trop violente que les économistes ne parviennent toujours pas à digérer. Chaque crise nous rappelle pourtant l’inaltérable pertinence de ces constats. Mais c’est sans doute aussi parce que nous ne disposons d’aucune base théorique solide pour expliquer la dynamique de long terme des prix ou des quantités que nous nous accrochons à des croyances de stabilité de long terme et à des peurs obscurantistes de la colère vengeresse du Dieu Monnaie, même si tout cela n’a pas de véritable assise empirique.


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