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Les 7 règles d'or du capitalisme au XXIe siècle

Publié le mercredi 1 février 2017 . 4 min. 58

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Il est d’usage de parler de notre « capitalisme mondialisé libéral ». Pourtant, à bien y regarder, et c’est ce qu’a fait le chercheur britannique Guy Standing dans un ouvrage récent, la libéralisation de l’économie mondiale conduit à un capitalisme qui a peu de choses à voir avec les principes de la libre concurrence ! Si l’on ajoute à son analyse le poids des paradis fiscaux, on peut mettre en évidence les 7 règles d’or du fonctionnement de notre capitalisme contemporain.

 

L’opacité
Qui contrôle les grandes firmes mondiales qui contribuent à définir le visage de l’économie mondiale ? Il est paradoxalement assez difficile de répondre à cette question. Des chercheurs s’y essaient et nous renseignent sur la structure des actionnariats (groupes familiaux, avec ou sans minorité de blocage, etc.) mais ils sont obligés d’avouer que leur analyse souffre d’un handicap important : les actionnaires réels des grandes entreprises sont souvent dissimulés dans des sociétés offshores dont l’affaire des Panama Papers nous a donné un bref aperçu. Ainsi, pour Ronen Palan, professeur de politique internationale à City University au Royaume-Uni, il est très difficile de connaître les structures de contrôle de propriété des entreprises dont les paradis fiscaux dissimulent les acteurs. Le premier principe de notre capitalisme contemporain est l’opacité.

 

La rente
Pour Guy Standing, la rente plus que la concurrence est au cœur du fonctionnement de l’économie mondiale. Elle est immobilière, financière et repose de plus en plus sur les droits de propriété intellectuelle. Les dépôts de brevets explosent dans le monde alors même que de nombreuses études montrent que leur contenu en innovation est plutôt faible. Résultat, les paiements internationaux de royalties et autres licences progressent fortement. De plus, ces innovations limitées ne peuvent être considérées comme le fruit de prises de risques qu’il serait nécessaire de rémunérer : entre les copyrights étendus, les médicaments supposés nouveaux aux vertus thérapeutiques marginales en passant par la protection de ces rentes grâce aux tribunaux d’arbitrage privés, l’esprit entrepreneurial est limité !

 

Les subventions
L’image de l’entrepreneur entreprenant est également mise à mal lorsque l’on mesure le poids important de ce que les anglosaxons ont baptisé de « corporate welfare », c’est-à-dire l’ensemble des subventions publiques que reçoivent les entreprises privées. Aux Etats-Unis, leur montant est estimé à rien de moins que l’équivalent de 6 % du PIB !
Et la liste est longue : subventions agricoles, à la construction, à l’innovation et à la recherche, sans oublier les 500 à 600 milliards annuels mondiaux reçus par les énergies fossiles polluantes.

 

L’excès de crédit
Le capitalisme s’est développé au cours des siècles notamment grâce au crédit. Le fait que des investisseurs acceptent de n’être qu’une part d’un ensemble et que des banquiers fassent le pari du développement de telle ou telle activité a été l’un des ressorts du développement économique. Ainsi peut-on suivre Guy Standing dans sa dénonciation du rôle du crédit si l’on met en avant les phases d’excès financier dont est coutumier notre capitalisme contemporain et dont la crise des subprimes a été le dernier avatar.

 

La privatisation des communs
Les entreprises cherchent à privatiser les bénéfices de biens et services qui devraient appartenir à tous. On pense bien sûr à la nature et aux multinationales qui s’arrogent des droits de propriété sur l’eau, les ressources naturelles, les océans, les forêts, etc. Mais il existe également des communs sociaux, comme les retraites ou l’assurance maladie et culturels, comme les œuvres d’art, les bibliothèques, le sport de masse ou la presse. La privatisation des biens communs apparaît bien comme une source de profit importante pour les grandes entreprises.

 

La précarisation du salariat
Au-delà de la flexibilité du travail, l’économie collaborative revient pour Guy Standing à promouvoir le développement d’une « économie de concierges ». Si l’on y ajoute les petites mains de plus en plus nombreuses du net et les emplois à la carte du type contrats zéro heure, la nouvelle vague du capitalisme se développe sur le modèle social de celui du XIXe siècle : une multiplication du travail à la tâche réalisé par des indépendants, avec une faible couverture sociale. Dans ces conditions, travailler n’est plus la voie de sortie de la pauvreté.

 

La capture politique
Toutes ces dérives du capitalisme mondialisé pourraient être empêchées ou maîtrisées. Mais la force de ses entrepreneurs tient à ce qu’ils savent transformer leur capital économique en capital politique. Les liens entre élites politiques et élites entrepreneuriales assurent à ces dernières des gouvernements et des politiques qui servent globalement leurs intérêts. Il est à craindre que le gouvernement de Donald Trump en devienne un exemple historique.


Voici donc les 7 règles d’or de notre capitalisme : opacité, rentes, subventions, excès de crédits, privatisation des communs, précariat et capture politique. On est, vraiment, très loin du libéralisme !

 

Christian Chavagneux,Les 7 règles d'or du capitalisme au XXIe siècle, une vidéo Xerfi Canal TV.


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