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Débat fiscal/social : l'impasse de la fléxisécurité

Enregistré le mardi 15 janvier 2019 . 5 min. 04

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La flexisécurité, c’est la combinaison de la flexibilité pour les entreprises, et de la sécurisation des parcours pour les individus. Le mariage bluffant de l’efficacité et du social. L’idée trace une troisième voie séduisante pour le capitalisme Mais c’est aussi une sorte de meilleurs des mondes dont les promoteurs oublient trop souvent les exigences et les dangers.


La flexisécurité coûte de plus en plus cher


Ce compromis gagne en Europe. Les pays européens s’exposent en effet tous à plus de concurrence, et pour la plupart, ils mobilisent de plus en plus largement l’ensemble de la collectivité pour financer l’assurance risque de cette ouverture. La France a pris ce tournant sous les années Rocard avec deux mesures phares. La CSG, qui assoit le financement de la protection sociale sur une base large de revenus et d’individus. Et le RMI, ancêtre du RSA et de la prime d’activité, qui élargissait la couverture sociale aux plus précaires. Et partout en Europe on assiste à la même tendance. 1/ une fiscalisation croissante de la protection sociale ; 2/ Des revenus complémentaires ou des systèmes d’imposition négatif, pour octroyer un revenu décent aux laisser pour compte de la mondialisation.


Indemniser collectivement la casse de la mondialisation, en décharger les entreprises, leur laisser les mains libres pour embaucher et licencier, cela veut dire que nos systèmes sociaux financent de plus en plus l’intermittence, de ceux qui naviguent entre petits boulots. Cela veut dire aussi de fournir des compléments de ressources en monnaie ou en nature (aide au logement par exemple), à ceux, de plus en plus nombreux, qui ne parviennent à se procurer un revenu décent par le truchement de leur travail. Cela veut dire aussi de corriger des inégalités primaires de plus en plus massives, lorsque l’on laisse jouer librement les arbitrages de marché, et que se réduit le pouvoir de négociation des salariés les moins qualifiés.

 
Cela coûte cher. Et même de plus en plus cher. Au hit-parade des pays qui financent un filet de sécurité généraux pour compenser l’entropie de la mondialisation, il y a la France. Mais il y a surtout un groupe de pays, qui se détache nettement en termes de sécurisation des trajectoires individuelles : Les pays d’Europe du Nord, l’Autriche, la Belgique, les pays bas, l’Italie, l’Allemagne… tous ces pays consacrent de l’ordre de 30 % de leur PIB à la protection sociale, par le truchement des systèmes obligatoires. Et la tendance est globalement à la hausse, en même temps que gagnent l’intermittence, les minijobs, l’auto-entrepreneuriat, autrement dit la discontinuité des carrières, que de plus en plus de pressions s’opèrent sur les bas salaires, et aussi qu’une part croissante accède à la retraite.


Équité et efficacité, deux prérequis


Partout donc la dépense progresse et doit être rationalisée, plafonnée, soumise à des conditions de ressources. Partout l’on s’inquiète de la soutenabilité et de la répartition de la charge… Partout le système limite sa générosité en même temps qu’il coûte de plus en plus cher.


Et c’est là que surgissent les véritables difficultés de la flexisécurité. Diluer le financement de la protection sur une base de plus en plus large d’individus facilite le financement dans un premier temps. Mais découpler le financement de la protection, des bénéficiaires comporte aussi ses risques. Les gens paient, mais ne savent plus pour quoi ils paient. Et contrairement au vieux système assuranciel où chacun a la sensation de payer pour sa propre protection, la mise à contribution de toute la société a ses revers. La flexisécurité appelle un droit de regard et une traçabilité accrue concernant la destination des prélèvements. L’équité du système doit être irréprochable, son efficacité également. C’est là tout le danger de la transposition du système de flexisécurité à un nombre croissant de pays, alors même que la demande sociale ne cesse d’augmenter. Cette mise en tension se produit alors même que les circuits de financement deviennent de plus en plus opaques. Elle se produit alors même que les bases les plus mobiles, notamment les patrimoines les plus élevés font l’objet de dérogations de plus en plus criantes. Tout se met en place pour renforcer le sentiment que c’est encore la classe moyenne qui est le dindon de la farce et pour que les plus pauvres aient le sentiment que les aides sociales qu’on leur consent sont financés par eux-mêmes. Bref, le gros danger de la flexisécurité mal transposée, c’est de donner corps au grand fantasme de la société de défiance.


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