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L'impact des syndicats dans la contestation sociale

Publié le mercredi 18 décembre 2019 . 5 min. 42

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La réforme des retraites a replacé l’action syndicale au cœur du jeu. On aurait tort cependant de penser que les syndicats ont repris la main après leur disqualification de l’an dernier, lors du mouvement des gilets jaunes. Il faut d’emblée évacuer cette vision tronquée, d’une colère jaune enfin domestiquée, sans casse et ni débordement, entre « gens conscients équilibrés, raisonnables », pour reprendre les termes emplis d’une nouvelle ferveur pro-syndicale d’Alain Minc.


Une histoire différente


Le premier constat, c’est que nous ne sommes pas dans la même histoire. La crise des gilets jaunes, catalyse le ras-le bol diffus des classes moyennes.  Son détonateur est fiscal, mais la colère renvoie à un malaise plus vaste, de rejet d’un système qui dégrade les conditions de vie du plus grand nombre, et ne porte plus les espoirs d’ascenseur social, pour soi, ou pour ses enfants. Le dénouement de l’an dernier ne met pas un terme à une série qui se joue sur plusieurs saisons, comme en dehors des frontières hexagonales, et qui spasme après spasme, défit les élites, le jeu démocratique les institutions (y compris syndicales).


Le bras de fer actuel n’a rien à voir. Certains ont voulu voir dans la crise des gilets jaunes l’acte de décès des syndicats, crise terminale d’un long mouvement de désaffection, qui ne cesse de miner leur influence. Cette vision est triplement fausse :


• Elle transforme les syndicats en professionnels généralistes de la grogne populaire ou sociétale en tout genre, ce qu’ils n’ont jamais été, en témoigne 1968.
• Elle surestime l’agonie supposée du fait syndical.
• Elle surestime la portée des mobilisations récentes, les transformant en renaissance d’un Phoenix.


Le syndicalisme français, fruit du cadre jacobin


C’est un marqueur français bien connu. La France dispose d’un des plus faibles taux de syndicalisation parmi les pays de l’OCDE. C’est un indicateur régulièrement détourné, pour étayer l’idée d’une désaffection profonde, témoignant d’une crise de légitimité et d’une prise en otage du salariat par une minorité non représentative. Alors que non, il s’agit d’une spécificité structurelle et choisie. Le faible niveau de syndicalisation constitue l’ADN même du syndicalisme français. Ce dernier se conçoit comme une armée de métier dans le bras de fer entre le capital et le travail et tire sa force du resserrement de ses moyens et de ses missions. Il a été conçu dans le cadre jacobin français, dominé par la loi et la grande entreprise. Il n’est pas ou que très marginalement un syndicalisme de cogestion. Les syndicats assoient leur représentativité et leur légitimité sur les élections professionnelles. La participation à ces dernières marque bien un léger recul, dans le public comme dans le privé. Mais elles mobilisent néanmoins la moitié des inscrits du secteur public, et plus de 60% des salariés du privé, dès lors que l’on resserre l’observation sur les entreprises dans lesquels un vote est effectivement organisé, autrement dit que l’on exclue les plus petites structures.


Le syndicalisme de combat en repli


Ces spécificités étant admises, on assiste :


• à une stabilité depuis 30 ans du taux de syndicalisation, couplé à une très légère érosion de la participation électorale, et, comme le relève la Dares, avec une moindre implication des syndiqués aux activités régulières (30%, contre plus de 50% au moment des 35 heures). Ce constat, ne suffit pas à considérer les syndicats hors-jeu.
• Effectivement, le syndicalisme de combat est en repli. En témoigne le recul tendanciel du nombre de journées de travail perdues pour fait de grève dans le public et le privé…. En témoigne aussi l’ascendant pris par la CFDT sur la CGT aux dernières élections professionnelles. Ce n’est pas anodin. En dépassant les 30% de représentation relative au niveau national et interprofessionnel, la CFDT est le seul syndicat à pouvoir signer seul un accord, sauf si au moins trois autres syndicats, dont la CGT, font jouer leur droit d'opposition.
• Sur leur champ naturel d’intervention, concernant les normes du travail, et les retraites notamment, les syndicats sont encore en mesure de déclencher des actions d’envergure. On peut certes constater que l’efficacité des mobilisations est très relative. Des grands millésimes 1995, 2003, 2006, 2010, 2016, 2017, 2018, seuls le ceux de 1995 (plan Juppé) et 2006 (CPE) ont fait capoter les réformes. Il n’empêche que le pouvoir de dissuasion demeure bien réel, si l’on en juge par le caractère homéopathique des réformes sociales en France.


Bref, nous vivons en 2019, une continuité du fait syndical, qui emploie ses armes de toujours, en affrontant une loi dont le contenu en l’état a déminé une partie des points de blocage et probablement anticipé les futures zones de concessions… Les fameuses lignes rouges qui permettront à tous de sauver la face. Quant aux gilets jaunes, c’est une autre histoire, moins contrôlable, qui occupe le champ immense laissé vacant par les syndicats.


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