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La "fin du travail" : c'est totalement faux, bien au contraire !

Enregistré le jeudi 8 avril 2021 . 4 min. 23

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La crise sanitaire a encore un peu plus écorné la prophétie de la fin du travail. L’emploi partout a fait preuve d’une résistance remarquable, et d’une forte capacité de rebond. Le résultat relève de l’artifice budgétaire, certes. Et l’on peut se dire que le grand craquement est pour demain.


Pourtant, à travers sa forme paroxystique, la crise crée un effet de loupe sur ce qui tient lieu de compromis invisible, mais puissant depuis des années : une socialisation croissante du coût du travail, facteur premier de la dérive des dettes publiques et du statu quo sur l’emploi. Et ce compromis traverse toutes les économies développées, quelles que soient leurs dissemblances en termes de régulation.


La hausse du taux d’emploi sape la productivité


Le premier constat, c’est que contrairement à l’idée d’une fin programmée du travail, la tendance de fond est celle d’une hausse des taux d’emploi dans les pays de l’OCDE, c’est-à-dire du rapport entre l’emploi et la population en âge de travailler. La France appartient à cette épure, avec un mouvement haussier sur longue période, lent, mais robuste. Et la crise en dépit de son ampleur ne remet pas en cause cette dynamique de fond qui traverse l’ensemble des économies. Finalement, ce n’est pas la productivité qui balaie l’emploi, mais l’emploi qui sape la productivité.


Ces constats défient l’intuition :


1. l’extension des algorithmes a bien étendu les possibilités d’une substitution de l’homme par les algorithmes, notamment dans le domaine des services ;
2. l’ouverture de la concurrence a déplacé la demande de travail peu qualifié vers les régions à faibles salaires.
Et ces deux forces jouent avec une intensité conforme aux attentes des prophètes de la fin du travail. Sans les effets attendus pourtant. En France comme ailleurs.


Le coût du travail est socialisé de partout


Les effets du progrès technique sont bien palpables dans le déclin des métiers manuels ou des métiers administratifs balayés par la bureautique. Mais cette tendance est plus que contrebalancée d’une part, par la montée des professions intellectuelles ou des professions intermédiaires qui mobilisent des compétences spécifiques (techniciens, infirmiers, etc.), et d’autre part, par celles qui engagent des relations interpersonnelles : commerce, services aux particuliers. L’internet a finalement constitué un formidable outil d’organisation, de rationalisation, de distribution et de démultiplication de ces services. À cela s’ajoute l’augmentation des professions dites élémentaires, faiblement qualifiées (manœuvres, manutentionnaires, gardiennage) qui prolifèrent autour de l’internet. La France n’est en rien singulière et réplique les tendances européennes en la matière.


Au fond, l’emploi de masse résiste à la déferlante de la technologie et de la concurrence low cost. Et pour cause. La crise, par son ampleur, a exhibé un processus rampant et généralisé depuis plus de 25 ans de socialisation du coût du travail, aux États-Unis, au Royaume-Uni, temple du libéralisme, comme en France ou en Allemagne. Que ce soit à travers une sous-taxation chronique et des impôts négatifs, comme dans les pays anglo-saxons, ou que ce soit à travers des primes à l’emploi, des subventions et des aides qui grèvent les dépenses, comme en France, l’État devient un acteur incontournable de la solvabilisation de l’emploi privé. Tous les pays, États-Unis en tête, subventionnent in fine les emplois McDo par différents canaux. Au bout du compte, que les pays soient administrés ou non, dépensiers ou non, ils se retrouvent unis dans la même dérive de la dette publique. Une dette qui a pour principale contrepartie de délester les comptes des entreprises, de maintenir à flot les capacités productives et les emplois peu qualifiés. Là encore, la France dépensière ne se différencie pas des pays qui sous-financent l’État. Et in fine, la fin du travail s’est fracassée sur la dette sans fin.


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