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30/11/202006:22

Les jeunes sont toujours les premières victimes des crises qui ponctuent la marche chaotique de nos économies développées. C’est sur les nouveaux entrants que le chômage s’abat d’abord et que les vagues de hausse sont les plus intenses en période de crise. On le sait, le statut d’outsider est problématique. Et les conditions difficiles d’entrée sur le marché du travail altèrent ensuite la trajectoire de carrière et de revenus sur toute la vie. C’est un fait aujourd’hui bien étayé.


L’emploi est composé de strates générationnelles dont les trajectoires diffèrent. Les nouvelles générations sont certes mieux pourvues en diplômes. Mais le sésame du diplôme ne suffit pas. Les premiers pas d’entrée dans la vie active sont également décisifs. Le diplôme continue à sécuriser l’entrée des jeunes sur le marché du travail et à accélérer leur stabilisation dans un CDI, en dépit de tout ce qui est dit sur la dépréciation de ces derniers. Mais les acquis de l’expérience en début de carrière modifient considérablement les perspectives de progression ultérieures.


Génération subprime, génération déclassée


On a maintenant un certain recul sur l’impact du dernier grand séisme financier qui a ébranlé les économies avancées en 2008. Le CEREQ a fait récemment le bilan de la trajectoire sur 7 ans de la génération subprime, celle qui s’est présentée en 2010 sur le marché du travail en pleine crise des dettes souveraines et a dû affronter un marasme qui s’est étiré jusqu’en 2015. Et la comparaison avec les générations antérieures, celle entrée en 2004 et surtout celle entrée en 1998, nous livre le tableau des stigmates que produisent les crises.


Au premier abord, les circonstances d’entrée semblent avoir un impact de second ordre sur les taux chômage ou d’emplois à horizon de 7 ans. Mais toute une série de stigmates perlés fragilise en fait les générations de crise de façon persistante :


- C’est d’abord la durée moyenne de temps passé en emploi qui diffère. 61 mois en moyenne pour la génération subprime, contre 67 mois en moyenne pour celle de 1998 avec des écarts très marqués pour les non-diplômés : ceux de la génération 1998 ont occupé un emploi 55 mois en moyenne, tandis que ceux de la génération subprime, 39 mois en moyenne. Et 7 ans après leur entrée, seuls 21% des non-diplômés sont stabilisés sur un CDI, contre 41% pour la génération 1998. Ces écarts marqués, on les retrouve encore chez ceux qui n’ont pas dépassé un diplôme du secondaire, avec une bien plus forte occurrence des épisodes de chômage à répétition ou persistant. Bref, pour tous ceux pour qui les acquis de l’expérience sont essentiels, l’intermittence et la précarité freinent cette acquisition.


- Et ce que l’on constate aussi, c’est que la progression des revenus au cours des 7 premières années de parcours professionnel est bien moindre pour la génération de crise… et cette fois-ci quel que soit le niveau de diplôme. Avec derrière cela, des progressions de carrière et des accès aux postes d’encadrement plus lents et moins fréquents… Résultat, si l’on compare les salaires de la génération « 1998 » 7 ans après son embauche (soit en 2005) avec ceux de la génération « 2010 » 7 ans plus tard (soit 2017), la progression est quasi nulle. Et les diplômés de licence, de master ou de grandes écoles gagnent même nettement moins en 2017 que leurs ainés en 2005. Les diplômés ont certes un emploi, mais le déclassement est tangible.


COVID-19 : une triple peine pour les jeunes


C’est malheureusement l’histoire noire préprogrammée pour les 750 000 jeunes des générations COVID qui se présentent sur le marché du travail. À cela près que cette crise comporte une triple peine pour les plus jeunes :


1. Elle porte en germe tous les stigmates que nous venons d’exposer pour ceux qui abordent leur premier emploi dans les deux ou trois années qui viennent : précarisation des plus précaires, intermittence accrue, moindres acquis de l’expérience, déclassement des carrières et des salaires.


2. Mais les effets de la crise sanitaire sont très accentués par l’incroyable mobilisation des moyens publics pour préserver l’emploi des insiders, autrement dit de ceux qui sont déjà en emploi. Chômage partiel et soutien financier aux entreprises ont conduit à une rétention inédite de main-d’œuvre qui entretient un sureffectif chronique. L’ouverture de postes pour les plus jeunes se fera donc au compte-goutte et sur quelques secteurs portés par la crise, avec son lot de précarité lorsqu’il s’agit de renforcer la logistique du e-commerce.


3. Mais elle mine encore plus profondément que les crises précédentes les potentialités de parcours ascendants. En amont, au niveau des études, où l’enseignement en ligne et les moindres possibilités d’expérience — en apprentissage, en stage ou de mobilité à l’étranger — augmentent le décrochage et l’échec scolaire, déprécient les acquisitions et la valeur des diplômes à tous les étages de l’appareil de formation mais aussi réduisent les passerelles vers l’emploi.


C’est un poison qui s’étire sur de nombreuses classes d’âge et qui exige une lourde mobilisation pour en réparer les effets. C’est un enjeu bien saisi. Le plan de relance flèche 3,6 milliards sur la formation et sur l’insertion des jeunes. Mais c’est un effort qui devra être amplifié et maintenu dans la durée, tant la cicatrice est profonde.


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