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09/11/201704:19

L’économiste américain Dani Rodrik est un défenseur, critique, de la scientificité de l’économie. Dans son dernier livre, intitulé Peut-on faire confiance aux économistes. Réussites et échecs de la science économique, paru chez Deboeck, il affirme ainsi que ce que produisent les économistes universitaires est bien de la « science économique ».

 

Leurs modèles sont loin de la réalité ? Il faut les prendre comme des fables, simples, ou comme des expériences de laboratoire, ils permettent de mettre en évidence des liens causaux dont il faut préciser les hypothèses critiques, celles qui, si elles sont changées, modifient les résultats du modèle. Les maths ? Elles sont uniquement là pour donner de la clarté au propos, ce qui permet le débat, et  de la cohérence aux idées : si les équations ne collent pas, le raisonnement non plus.

 

Sur la base de ces méthodes, certains modèles vont conclure au besoin de plus de marchés, d’autres à celui de plus d’Etat, il n’y a pas de voie unique, affirme Rodrik, même si les études à dominante libérale semblent plus nombreuses.

 

La réflexion économique fait des progrès, nous dit le chercheur. Non pas des progrès verticaux, une meilleure théorie remplaçant l’ancienne, mais plutôt horizontaux, en s’enrichissant au fil du temps de nouveaux modèles qui traitent de sujets ou de liens non étudiées auparavant qui peuvent intégrer des dimensions psychologiques, sociales, culturelles, etc. Voilà pour la défense.

 

Mais Dani Rodrik n’exempt pas sa profession de critiques. Et elles sont très fortes. Il précise que les réponses apportées par les modèles ne sont valables que dans un contexte donné : il n’y a pas de lois économiques universelles.

 

Surtout, il souligne plusieurs fois que le passage de la théorie à l’empirique est toujours vacillant : dans le monde réel, il y a trop d’interactions pour démêler les liens de causalité de manière certaine. « L’analyse empirique n’est jamais concluante », conclut-il. Il faut le répéter : « l’analyse empirique n’est jamais concluante »,  une sacrée remise en cause du travail des économistes.

 

On peut en donner deux exemples récents. Juste avant l’été, l’économiste Philippe Aghion a publié une étude passionnante consacrée à la mesure de la « croissance manquante », celle que ne mesurent pas les statistiques officielles. Le raisonnement est assez simple : le PIB en valeur est correctement mesuré, mais les indices de prix surestiment l’inflation parce qu’ils ne prennent pas suffisamment en compte les effets de l’innovation sur la qualité des produits. Par conséquent, le volume de la production et donc la croissance sont sous-évaluées. Comme l’a démontré un autre économiste, Michel Husson, il faut alors un « saut périlleux » pour passer du modèle ultra-théorique à son identification empirique, finalement inconclusive tant elle est sensible aux paramètres retenus pour tenter d’approcher la réalité.

 

De même, un débat a lieu en ce moment aux Etats-Unis à propos des conséquences sur l’emploi d’une augmentation du SMIC. Une première étude, respectant tous les canons de la méthode expérimentale actuelle, conclut à un impact fort et négatif. Une autre, respectant tout autant les mêmes canons et s’appuyant sur la même méthode d’estimation, aboutit à un impact mineur sur l’emploi ! Rodrik a raison : « L’analyse empirique n’est jamais concluante ».

 

Face à ces incertitudes, les économistes devraient être peu à l’aise dans les médias car leurs réponses devraient s’approcher du « ça dépend ». Aussi, ceux que l’on entend publiquement régulièrement sont des personnes à fortes convictions personnelles qui ont tendance à oublier les hypothèses de validité de leurs raisonnements. Bref, « ce sont des militants » attaque Rodrik.

 

Il y a peu de pluralisme des méthodes et la corporation est fermée aux débats avec les non économistes ajoute-t-il, en écho aux mêmes critiques avancées fin 2016 par l’économiste en chef de la Banque mondiale et théoricien de la croissance endogène Paul Romer.

 

Les économistes nous offrent donc des raisonnements rigoureux sur de possibles liens de causalité théoriques entre variables économiques, valables dans des contextes particuliers. C’est déjà ça. Mais rien qui ne justifie la place démesurée qu’ils tiennent dans le débat public. Et tout ce qui devrait les conduire à plus d’humilité.

 

Christian Chavagneux, Peut-on faire confiance aux économistes ?, une vidéo Xerfi Canal Economie.


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Mots clés : EconomieSciences économiques

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