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20 ans de production industrielle

Publié le jeudi 19 juin 2014 . 3 min. 50

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Les années 90 s’ouvrent sur une chute brutale de la production manufacturière : -11,7% entre le 1er trimestre 90 et le 4ème trimestre 93. La France comme les autres pays avancés tombent en récession. Récession amplifiée en France par le durcissement de la politique monétaire. Les taux d’intérêt flambent et les entreprises comme les ménages doivent se désendetter d’urgence. Cela met à terre la construction, ce qui accentue la chute de la production. Cette descente aux enfers va prendre fin début 1994. En moins d’un an, l’essentiel du chemin perdu est récupéré et à l’été 95, le niveau de la production n’est plus qu’à 4% seulement de son dernier pic. Mais l’élan va être vite stoppé par la perte de compétitivité de la France après les dévaluations en série du Royaume-Uni, de l’Italie, de l’Espagne qui vont provoquer une perte de compétitivité brutale, notamment dans les industries de grande consommation, le textile-habillement comme l’électroménager. De plus, le tour de vis budgétaire du gouvernement Juppé, avec notamment une augmentation de 2 points de la TVA, va casser la consommation des ménages. Une politique de rigueur qui s’inscrit dans la perspective de la mise en place de l’euro. Mais l’industrie redécolle début 1997 grâce à une demande extérieure soutenue, conjuguée à la chute des prix des matières premières et du pétrole. Va suivre la période de la nouvelle économie. La production manufacturière atteint son apogée, avec en plus, l’euro qui chute et tombe à 0,82 dollar en octobre 2000 et une Allemagne qui paie au prix fort sa réunification, et son entrée dans la monnaie unique à deux DM pour un euro. Cette période euphorique porte pourtant les germes d’un nouveau décrochage de l’industrie française. Certes, il y a un effet statistique avec l’externalisation des activités de services, qui sont massivement confiées à des sociétés sous-traitantes. Mais il y a surtout le choix politique majeur de stimuler la consommation et l'immobilier, quitte à se désintéresser de l’industrie et ses usines. Le fabless, c'est-à-dire l’industrie sans usine, est alors en vogue dans les esprits. Il y a aussi la montée des émergents à laquelle on n’est pas très attentif. Le révélateur vient avec l'éclatement de la bulle internet en 2001. La production recule de 8,3% entre décembre 2000 et mai 2003. Cette crise marque un vrai tournant. Les événements vont s’enchaîner avec : 1- l’entrée de la Chine dans l’OMC fin 2001, 2- l’accélération de la mondialisation qui pousse les multinationales françaises à délocaliser 3- la perte de contrôle de Pechiney en juillet 2003. Preuve que toute une filière, même en bonne santé, peut tomber sous l’effet de la prise de contrôle par un groupe étranger. La remontée entre 2004 et 2007 n’est qu’un sursis, tant les fondements de compétitivité sont sapés en profondeur. Et en vérité, ce n’est pas l’effondrement de 17% de la production lors du krach de 2008-2009 qui constitue le révélateur de notre faiblesse industrielle. Tous les grands pays, même la Chine, même l’Allemagne, sont pris dans la même spirale. Non, le bon révélateur de notre faiblesse industrielle, c’est notre incapacité à réellement remonter la pente depuis. Le bilan est là et en avril 2014, le niveau de production de l’industrie manufacturière française était inférieur de 17% à son pic de la fin 2000. Pire il est inférieur de 10% à celui du début des années 90, c’était il y a 24 ans ! Il a fallu tout ce temps pour que l’on prenne conscience de l’exigence d’une politique de l’offre.      

 

Le Graphique, 20 ans de production industrielle, une vidéo Xerfi Canal


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