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La déroute de l'industrie alimentaire

Publié le jeudi 27 novembre 2014 . 3 min. 16

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C’est un lieu commun : les industries agroalimentaires, les IAA, sont un bastion d’excellence de notre commerce extérieur : structurellement excédentaires, elles ramènent en moyenne chaque année 7,6 milliards d’euros de recettes à la France depuis 15 ans. Cependant, il faut y regarder de plus près. C’est avec les vins et spiritueux, domaine où la France a construit patiemment des avantages concurrentiels décisifs grâce à une politique de qualité. Mais il faut se pencher sur la partie immergé de l’iceberg agro-alimentaire, qui est bien plus inquiétant. Si on enlève les boissons, le solde extérieur qui était encore excédentaire en 2003, a depuis plongé sous la ligne de flottaison. Il faut donc concentrer l’attention sur l’alimentaire stricto sensu pour prendre la mesure de la débâcle des industries qui transforment le fameux « pétrole vert de la France ». Retour en arrière. Les années 2000 commencent mal. Les excédents se réduisent sous l’impact des premiers accidents de la filière viande. C’est la seconde crise de la vache folle, et cette fois ci ce n’est plus le Royaume-Uni, mais la France qui est au cœur de l’épizootie : les prix et la consommation chutent, les flux commerciaux s’effondrent, les excédents fondent de moitié entre octobre 2000 et octobre 2001. Cela tombe mal car cela s’additionne aux difficultés des « produits de la mer » et des « corps gras ». Le solde tombe quasiment à zéro pour la 1ère fois de l’histoire en juin 2002. Le retour à la normale va être bref. Les excédents reviennent, la barre des 500 millions d’euros est repassée à l’été 2003. Mais dès l’été 2004, c’est le grand plongeon : le solde des industries alimentaires devient négatif, à l’image d’ailleurs du commerce extérieur du reste de l’industrie française. Un premier palier est atteint en 2007 : 500 millions d’euros de déficit. Les usines alimentaires françaises sont victimes des coups de boutoir des industriels allemands de la viande. Des concurrents très déterminés qui ont usé et abusé de la directive de 1996 sur les « travailleurs détachés » pour faire chuter le coût du travail. Face à cette offensive éclair, les Français n’ont rien vu venir et sont restés passifs. La chute s’accélère avec la grande crise économique de 2008 qui comprime les débouchés et précipite le déficit vers les 3 milliards d’euros à l’été 2009. Une nouvelle fois, le retour à la normale ne va être qu’un bref répit, très en dessous de l’équilibre. A l’automne 2012, le déficit est ramené à 1 milliard d’euros, avec l’aide précieuse des excédents de la filière laitière. dont les excédents s’approchent des 3,5 milliards d’euros. Pour autant, les succès spectaculaires de nos produits laitiers ne sont pas suffisants, et le solde replonge à 2,5 milliards d’euros. Certes, le déficit avec l’Allemagne s’est désormais stabilisé à 800 millions d’euros. Mais cette fois ci, c’est l’offensive espagnole qui fait sauter de nouvelles digues de notre compétitivité. Des Espagnols qui jouent à fond la carte de la déflation salariale. Les Français cèdent du terrain sur tous les fronts : dans la filière grain, la panification, les fruits, légumes, la viande. Fin 2014, le déficit sera record, à près de 700 millions d’euros. C’est un nouveau bastion industriel qui est en train de tomber.

 

Le Graphique, La déroute de l'industrie alimentaire, une vidéo Xerfi Canal


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